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Les Dépossédés, Ursula Le Guin

1974. Science-fiction & anarchisme

lundi 21 février 2011


En géné­ral dans La Sociale seuls les
ouvrage d’ana­lyse poli­ti­que récents sont
chro­ni­qués. Cette fois c’est un clas­si­que de la
lit­té­ra­ture anar­chiste (vieux de plus de 30
ans !)

Les Dépossédés, bou­quin de science-fic­tion,
nous fait suivre les aven­tu­res d’un scien­ti­fi­que
qui quitte sa pla­nète et sa société, parce que
son tra­vail de recher­che y est consi­déré comme
inu­tile voire nui­si­ble. Il part pour la pla­nète la
plus proche, dans une société com­plè­te­ment
dif­fé­rente, qui l’honore pour son tra­vail et où il
espère trou­ver des condi­tions plus favo­ra­bles
afin de le conti­nuer. Mais le sou­ve­nir de sa
société, pré­senté aulà lec­teu­rice en sand­wich
avec ses aven­tu­res dans la nou­velle, le
pour­suit.

Présenté comme ça, ce n’est pas
vrai­ment sédui­sant. En tout cas pas pour un-e
ama­teu­rice de science-fic­tion. Ce qui rend le
bou­quin excel­lent, ce qui fait qu’il a des
chan­ces de pas­sion­ner une per­sonne qui
s’inté­resse à l’anar­chisme, c’est la qua­lité de la
des­crip­tion de la vie du héros sur la pre­mière
pla­nète Anarres. Ursula Le Guin, un cha­pi­tre
sur deux, invente sa vie de la petite enfance à ce
qui l’amène à partir, dans une société qui
couvre toute une pla­nète, aux prin­ci­pes
pro­ches d’un anar­chisme. Peut-être pour
rendre les choses plus cré­di­bles, elle passe
beau­coup de temps sur les dif­fi­cultés qu’il y a à
vivre sur une pla­nète col­lec­ti­vi­sée. Une société
où l’"égotisme" (égocentrisme ? égoïsme ?) est
consi­déré comme un très grave défaut, le fait
de conser­ver des choses pour soi comme une
déviance, l’ins­tal­la­tion dans une zone où l’on
n’a pas la pos­si­bi­lité de tra­vailler, comme une
charge impo­sée à la com­mu­nauté. Pour ce
der­nier point, il faut savoir que la pla­nète est
très aride et que même la nour­ri­ture est rare.

L’autre partie alter­née du bou­quin
raconte les aven­tu­res du héros, qui, arrivé sur
la pla­nète Urras, ne veut ni trahir ses prin­ci­pes
poli­ti­ques, ni Anarres. Urras fait face à Anarres
et Ursula Le Guin la décrit comme hyper­fer­tile,
accueillant à pre­mière vue – et dans
l’esprit des Anarres – une société d’abon­dance.
Là, les habi­tant-e-s sem­blent libé­rées des
dif­fi­cultés de l’appro­vi­sion­ne­ment ; la parole,
libre ; l’envi­ron­ne­ment scien­ti­fi­que qui
inté­resse avant tout le héros, sti­mu­lant. Mais la
société est hié­rar­chi­sée, le pou­voir réparti
iné­ga­le­ment entre les plus riches et les plus
pau­vres, l’acti­vité scien­ti­fi­que diri­gée par des
motifs trou­bles.

Que va deve­nir notre héros ?! Tadaa...

Ursula Le Guin, ins­pi­rée notam­ment
par l’anthro­po­lo­gie, le fémi­nisme et
l’anar­chisme, est prin­ci­pa­le­ment connue pour
ses deux cycles - L’Ekumen et Terremer. Le
pre­mier est du regis­tre de la science-fic­tion et
Les Dépossédés en fait partie. Tous les romans
du cycle pren­nent place dans un uni­vers de
pla­nè­tes aux évolutions diver­ses, visi­tées et
trans­for­mées par des envoyé-e-s d’autres
civi­li­sa­tions. Dans ce cycle, les meilleurs sont
peut-être La Main Gauche de la Nuit, Les
Dépossédés, Le Dit d’Aka et Le Nom du Monde
Est Forêt. L’anni­ver­saire du monde est un
excel­lent recueil de nou­vel­les se dérou­lant
dans le même uni­vers. Ursula Le Guin prend le
temps, comme dans d’autres romans, pour
décrire des sexua­li­tés et des rap­ports
amou­reux assez dif­fé­rents du couple hétéro
exclu­sif. L’autre cycle – "Terremer" -, pro­pose
du médié­val-fan­tas­ti­que plus clas­si­que, avec
dra­gons, magi­cien-ne-s et sor­cièr-e-s, mais
aussi rois, reines et Archimages. Goro
Miyazaki en a fait un film d’ani­ma­tion.


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