Lille:alternataire

> archéologie:alternataire > La Sociale (2002-2012) > 32 (février 2011) > édito

édito

lundi 21 février 2011


C’est tou­jours le bon moment de
se révol­ter ! Les peu­ples de Tunisie et
d’Égypte, grâce à des mou­ve­ments
forts qui se sont ins­crits dans la durée,
ont réussi à obte­nir le départ de leurs
dic­ta­teurs res­pec­tifs. Voilà qui
n’arrange pas nos diri­geants-es qui les
appré­ciaient bien et les ont sou­tenu le
plus long­temps pos­si­ble à l’image
d’Alliot-Marie allant jusqu’à pro­po­ser
publi­que­ment à Ben Ali l’aide de la
France pour le main­tien de l’ordre en
Tunisie. Bien sûr, cette vic­toire n’est
qu’un début, et la lutte doit conti­nuer.
Car quel­les que soient les "nou­vel­les"
figu­res qui vont être ins­tal­lées à la tête
de ces États deve­nus "démo­cra­ti­ques",
elles n’agi­ront en faveur du peuple que
sous la contrainte. En 1936 par
exem­ple, le Front Populaire en France,
pour­tant vain­queur des élections, n’a
mis en place ses mesu­res socia­les
rapi­de­ment que sous la pres­sion d’un
mou­ve­ment de grève massif. C’est le
moment pour les tuni­siens-ennes et les
égyptiens-ennes de pro­fi­ter du rap­port
de force favo­ra­ble qu’ils et elles ont
ins­tauré pour arra­cher tout ce qui peut
l’être.

Il faut à nou­veau saluer leur
déter­mi­na­tion et puiser dans ces
vic­toi­res des espoirs et des
ensei­gne­ments. Il est ras­su­rant de voir
qu’aussi forte que puisse être la
répres­sion, et aussi iné­bran­la­ble que
puisse sem­bler un régime, celui-ci ne
peut résis­ter plus de quel­ques
semai­nes à un peuple en colère qui
prend et qui tient la rue. C’est
d’ailleurs ce qui nous invite à
rela­ti­vi­ser, sans les nier, les crain­tes
que sus­ci­tent en France la LOPPSI 2.
Certes, les nou­vel­les dis­po­si­tions de
cette loi doi­vent en pra­ti­que rendre
encore plus dif­fi­ci­les nos vies et nos
luttes. Mais il n’est pas d’appli­ca­tion
d’une loi qui ne puisse être contrée par
une orga­ni­sa­tion et mobi­li­sa­tion
suf­fi­sam­ment fortes. C’est pour­quoi
nous appe­lons à ce que les dif­fé­rents
col­lec­tifs anti-loppsi qui se sont
formés un peu par­tout en France
don­nent une suite concrète à leur
mobi­li­sa­tion contre la loi. Par exem­ple
en rejoi­gnant ou en créant des
col­lec­tifs pour lutter contre les
expul­sions et la répres­sion poli­cière.

Ce qui s’est passé en Tunisie
puis en Égypte ne doit pas non plus
nous faire croire qu’il suffit d’atten­dre
la pro­chaine "grande mobi­li­sa­tion", la
"bonne", celle dont l’État "ne se
remet­trait pas" ! D’abord, parce que
la répres­sion n’est pas son seul outil :
il a depuis long­temps appris à sus­ci­ter
l’adhé­sion d’un grand nombre, à
dis­tri­buer les carot­tes et pas
seu­le­ment les coups de bâton. Il a
iden­ti­fié que dans cer­tains cas il est
plus effi­cace de faire passer - en
endor­mis­sant, leur­rant et cor­rom­pant
ses vic­ti­mes - pour "accep­ta­bles" voire
"dési­ra­bles" des situa­tions pour­tant
catas­tro­phi­ques et nui­si­bles. Que ce
soit la pré­sence d’une cen­trale
nucléaire dans le voi­si­nage ou les
sys­tè­mes poli­ti­ques et économiques
actuels. Ensuite, parce qu’une
révo­lu­tion sociale qui réus­si­rait à nous
débar­ras­ser de toutes les formes
d’exploi­ta­tion économique ne
garan­ti­rait pas la fin de toutes les
domi­na­tions. Le patriar­cat et le
racisme notam­ment ne s’arrê­te­ront
pas avec la chute du capi­ta­lisme,
même s’il les favo­rise, et néces­si­tent
d’être com­bat­tus dès main­te­nant, et
avec la même rage !

L’ampleur de la tâche ne doit
pas nous décou­ra­ger. Qui aurait cru il
y a seu­le­ment un an que les Tunisiennes
et les Égyptien-nes tom­be­raient
leurs dic­ta­teurs en 2011 ? L’heure est
à l’espoir, cons­trui­sons nos futu­res
vic­toi­res !


2002-2022 | Site réalisé avec SPIP | Suivre la vie du site RSS 2.0 | squelette | | Plan du site | logo Lautre