Lille:alternataire

> archéologie:alternataire > La Sociale (2002-2012) > 32 (février 2011) > Le Féminisme matérialiste

Le Féminisme matérialiste

lundi 21 février 2011


Pour com­men­cer, reve­nons sur quel­ques
notions :
Parler dis­tinc­te­ment de genre et de sexe
vise à saper les évidences natu­ra­lis­tes bien
ancrées dans nos cultu­res autour de ces notions.
Ainsi, un des objec­tifs de l’uti­li­sa­tion du mot
"genre" est la mise en lumière du carac­tère
socia­le­ment cons­truit d’un cer­tain nombre
d’attri­buts et de com­por­te­ments psycho-sociaux
atta­chés tra­di­tion­nel­le­ment à
l’appar­te­nance à un "sexe
bio­lo­gi­que". Ce chan­ge­ment
séman­ti­que et concep­tuel est le
résul­tat de nom­breux tra­vaux
de recher­ches de et de
concep­tua­li­sa­tion menés par
des fémi­nis­tes.

Cette ques­tion de
l’ori­gine bio­lo­gi­que ou
socia­le­ment cons­truite des
dif­fé­ren­ces entre hommes et
femmes cons­ti­tue un sujet de
polé­mi­ques chez les fémi­nis­tes. Elle
repré­sente la ligne de frac­ture entre
les fémi­nis­tes dites "essen­tia­lis­tes" et
celles qui se reven­di­quent "maté­ria­lis­tes".

Nous ne nous attar­de­rons pas
beau­coup sur les pre­miè­res qui sont les tenan­tes
de la posi­tion du "res­pect de la dif­fé­rence" et
qui lut­tent pour un res­pect égal des attri­buts,
traits de carac­tère,pré­fé­ren­ces,tâches et goûts
spé­ci­fi­que­ment et par "essence" fémi­nins (qui
sont, il est vrai, plutôt stig­ma­ti­sés, mépri­sés,
déva­lo­ri­sés et invi­si­bi­li­sés dans la culture
patriar­cale).

Dans la deuxième appro­che, les
fémi­nis­tes maté­ria­lis­tes refu­sent jus­te­ment
cette assi­gna­tion au fémi­nin. Ainsi, il n’est plus
ques­tion de valo­ri­ser les carac­té­ris­ti­ques
natu­rel­les atta­chées aux êtres fémi­nins mais de
mon­trer que c’est la mise en place de deux
caté­go­ries (femme et homme) qui pose
pro­blème et qui cons­ti­tue une domi­na­tion.

Dans la lignée de Christine Delphy, les
fémi­nis­tes maté­ria­lis­tes com­bat­tent l’idée qu’une
dif­fé­rence "natu­relle" entraî­ne­rait la divi­sion de
l’huma­nité en deux sexes et donc deux genres, dont
l’un domi­ne­rait l’autre. En se deman­dant pour­quoi
le sexe (plutôt que la cou­leur des yeux par exem­ple)
devrait donner lieu à une clas­si­fi­ca­tion quel­conque,
elles abou­tis­sent à la conclu­sion que c’est en même
temps et dans un même mou­ve­ment que se crée la
divi­sion sociale (les caté­go­ries d’homme et de
femme) et son carac­tère hié­rar­chi­que : le genre des
"hommes" domine le genre des "femmes".

Les fémi­nis­tes maté­ria­lis­tes s’appuient
sur la méthode marxiste qui étudie les
rap­ports maté­riels d’exploi­ta­tion et
leur jus­ti­fi­ca­tion idéo­lo­gi­que.
L’idée étant aussi de démon­trer
que le patriar­cat est un
sys­tème auto­nome de
domi­na­tion et d’exploi­ta­tion
et d’ins­crire la lutte fémi­niste
dans une opti­que de clas­ses
afin de contrer la vieille
rhé­to­ri­que de la gauche et de sa
pri­mauté de la lutte des classe socio-économique.
Différents ouvra­ges des
fémi­nis­tes maté­ria­lis­tes explo­rent
donc, les dis­po­si­tions maté­riel­les et
quan­ti­fia­bles du sys­tème de domi­na­tion
patriar­cale.

Il existe bien sûr d’autres cou­rants de pensée fémi­niste qui méri­te­raient un autre arti­cle et que nous abor­de­rons cer­tai­ne­ment dans un autre numéro.

Quelques ouvrages de référence

— Christine Delphy, L’Ennemi prin­ci­pal, tome 1 : économie poli­ti­que du patriar­cat.
— Christine Delphy, L’Ennemi prin­ci­pal, tome 2 : penser le genre. Syllepse.
— Elena Gianini Belotti, Du côté des peti­tes filles. Éditions Des femmes.
— Monique Wittig, La Pensée straight. Amsterdam.
— Paola Tabet, La Construction sociale de l’iné­ga­lité des sexes : des outils et des corps. L’Harmattan
— Colette Guillaumin, Sexe, race et pra­ti­que du pou­voir : l’idée de nature. Côté-femmes.
— Nicole-Claude Mathieu, L’Anatomie poli­ti­que : caté­go­ri­sa­tions et idéo­lo­gies du sexe. Côté-femmes.


2002-2022 | Site réalisé avec SPIP | Suivre la vie du site RSS 2.0 | squelette | | Plan du site | logo Lautre