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Dossier « La presse parallèle », in L’Aminoir n° 2 (mai-juin 1980)

« L’Aminoir »

[anonyme]

vendredi 20 mai 2016

Cet article concerne le journal : L’Aminoir (Lille, 1980-1983)


Un jour­nal ça part de l’ini­tia­tive et de la volonté d’un groupe de per­son­nes met­tant en place un moyen d’expres­sion et ça meurt par la las­si­tude des rédac­teurs, les dettes… En fait, ce qui est impor­tant c’est le pré­sent, c’est la prise de parole et à quoi elle cor­res­pond dans nos luttes, nos récol­tes… Le moyen jour­nal, c’est donc une cer­taine orga­ni­sa­tion, de l’admi­nis­tra­tif tou­jours trop, des moyens tech­ni­ques et finan­ciers tou­jours pas assez.

L’Aminoir est né de l’ini­tia­tive de quel­ques per­son­nes refu­sant de s’enfer­mer dans le ghetto du dog­ma­tisme ou dans l’orga­ni­sa­tion (celle qui a tou­jours raison). Pour cela nous aspi­rons à créer un lieu d’expres­sion, de pra­ti­ques et de réflexions anti-auto­ri­tai­res qui ne soient pas for­cé­ment le fait de « mili­tants » reconnus. Ainsi aujourd’hui, notre démar­che com­porte toutes les hési­ta­tions qui en résul­tent : croire au lec­teur (uto­pi­que va !), s’expri­mer soi-même en pen­sant être com­pris (idéal­site), aller cher­cher l’infor­ma­tion (volon­ta­riste)… le tout enve­loppé dans le repro­che de n’être pas clair, trop local, pas assez global ou l’inverse.

De l’administratif, beaucoup trop

Un canard c’est déci­dé­ment beau­coup de papier. On peut rap­pe­ler briè­ve­ment les démar­ches à accom­plir : après avoir trouvé titre et sous-titre (« L’Aminoir », « Journal d’expres­sion liber­taire de la région Nord-Picardie »), on se doit de dési­gner un direc­teur de publi­ca­tion qui aura l’avan­tage d’être, outre la cible juri­di­que, mais aussi quelqu’un de popu­laire qui verra son cas traité par ces mes­sieurs des Renseignements Généraux (bien le bon­jour). Denis Langlois conseille dans son bou­quin Le Nouveau guide du mili­tant de choi­sir pour cette fonc­tion une per­son­na­lité (ex. Jean Solparte) qui fera peur aux flics. Nous, pas de chance, Jean était malade et Mesrine… Il faut choi­sir aussi un impri­meur (Véré) qui aura les mêmes égards que le direc­teur de publi­ca­tion, mais avec le fisc en plus, une pério­di­cité (bimes­trielle pour l’ins­tant).

Ceci fait, rap­pe­lons briè­ve­ment les démar­ches à accom­plir en vu de la paru­tion d’un men­suel :
—  décla­rer la publi­ca­tion au tri­bu­nal de grande ins­tance (pour Lille, Parquet du pro­cu­reur de la République 59034 Lille cedex)
—  faire une demande d’ins­crip­tion à la Commission pari­taire des publi­ca­tions et agen­ces de presse sur un dos­sier qu’on aura retiré au préa­la­ble à la même adresse : CPPAP 69, rue de Varenne 75700 Paris
—  effec­tuer les dépôts légaux (pré­fec­ture, greffe du tri­bu­nal, Bibliothèque natio­nale…)
—  deman­der la réduc­tion pos­tale à la Poste (tou­jours pour Lille : Direction dépar­te­men­tale des postes et télé­com­mu­ni­ca­tions, 1 rue d’Inkerman 59035 Lille cedex.

Vu le temps que pren­nent ces diver­ses opé­ra­tions (1 à 2 mois) et qu’il faut pos­sé­der un numéro du jour­nal pour com­men­cer le laby­rin­the, on aura inté­rêt à sortir un n° 00 dès qu’on a l’idée de faire un jour­nal, celui-ci étant uni­que­ment consa­cré à la publi­cité par exem­ple. Pour le détail, je crois que ce qu’il y a de mieux à faire ici est de citer Le Catalogue des res­sour­ces paru chez Alternative.

Des moyens techniques et financiers : toujours pas assez

Ainsi, le jour­nal pour­rait sortir à un détail près : les sous. L’Aminoir coûte à chaque numéro envi­ron 1 200 F. C’est actuel­le­ment un jour­nal défi­ci­taire et ce, malgré son prix assez élevé (4 F). Pourtant, on pour­rait sup­po­ser qu’avec 700 exem­plai­res tirés, c’est 2 800 F qui ren­trent à chaque numéro. En fait, vu le pour­cen­tage laissé aux orga­nis­mes de dif­fu­sion (envi­ron 35 %), les inven­dus (envi­ron 1/4), les non-payés… si on n’opère pas une sur­veillance cons­tante (de la pape­rasse encore : comp­ta­bi­lité dif­fu­seurs, abon­nés…) on a de gran­des chan­ces de ne pas arri­ver à tout juste sur­vi­vre (voir la fin de nom­breux canards). La grande presse fait du fric avec l’infor­ma­tion, pas la petite (si encore on était financé par Moscou ou la CIA, mais là, rien).

L’Aminoir a, du point de vue tech­ni­que une cer­taine auto­no­mie ; en effet, nous inter­ve­nons à toutes les étapes de com­po­si­tion du jour­nal :
—  La frappe (c’est cer­tai­ne­ment le boulot le plus chiant) on tape en colonne sur 30 carac­tè­res, ce qui faci­lite la com­po­si­tion.
—  La com­po­si­tion : on découpe et on colle les arti­cles en recher­chant des illus­tra­tions puis on met les titres au Letraset ; on enca­dre au Rotring ce qui éclaircit le texte et faci­lite la lec­ture.
—  L’impres­sion : L’Aminoir a la chance de pou­voir dis­po­ser d’une offset, ce qui fait que nous pou­vons pren­dre en charge tota­le­ment l’inté­rieur du jour­nal (ce qui pour le pre­mier numéro n’a pas tou­jours donné de bons résul­tats, mais comme le dit ma grand-mère, c’est en for­geant qu’on devient for­ge­ron ! bof !) la cou­ver­ture étant tirée chez un talen­tueux impri­meur.
—  Le pliage et le col­lage : c’est long ; il vaut mieux être beau­coup.

Voilà donc ne bref quel­ques aspects du jour­nal. On aurait pu parler aussi du pro­blème de la dif­fu­sion du jour­nal, du fonc­tion­ne­ment de l’équipe, mais nous n’avons pas encore sur ces points, une posi­tion stable. D’ailleurs, les aspects déve­lop­pés ici sont par­ti­cu­liers. Il est plus que pro­ba­ble que nous n’uti­li­sons pas tou­jours les meilleu­res métho­des, mais cela peut servir jus­te­ment à amor­cer un échange entre jour­naux paral­lè­les ou à une infor­ma­tion qui pour­rait per­met­tre au lec­teur de par­ti­ci­per à son expres­sion.


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