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La Sociale - 01/03

Renforçons la lutte des sans papiers sur tous les terrains

vendredi 17 janvier 2003


Comme nous l’écrivions dans notre numéro d’octo­bre, les effets d’annonce du minis­tre de l’Intérieur, grand huma­niste, ne pou­vaient trom­per per­sonne. On nous annon­çait un réexa­men des dos­siers tenant compte « du plan social et humain ».

En fait d’huma­nité, les refus sans réexa­men tom­bent en cas­cade (est-ce le fameux rac­cour­cis­se­ment de la pro­cé­dure annoncé ?) et le har­cè­le­ment judi­ciaire et poli­cier contre les immi­grés ne laisse aucun doute quant à la volonté d’ouver­ture du gou­ver­ne­ment.

Publiée en décem­bre, la cir­cu­laire d’har­mo­ni­sa­tion des cri­tè­res de régu­la­ri­sa­tion de Sarkozy déve­loppe la sus­pi­cion sur les dos­siers des mala­des, de regrou­pe­ment fami­lial et sur les preu­ves de séjour. Elle réduit au strict mini­mum les régu­la­ri­sa­tions excep­tion­nel­les à la libre appré­cia­tion des pré­fets annon­cées à grands ren­forts de publi­cité.

À Lille et ailleurs, les enquê­tes sys­té­ma­ti­ques sur les maria­ges se trans­for­ment en garde-à-vue pour défaut de papiers. La police traque les sans papiers dans toute la métro­pole (inter­pel­la­tions au marché de Wazemmes, dans le métro malgré des titres de trans­port en règle… et - chose nou­velle - à l’issue de mani­fes­ta­tions !). Les pla­ce­ments illé­gaux en réten­tion se mul­ti­plient. La mobi­li­sa­tion cons­tante des sans papiers eux-mêmes permet par­fois d’empê­cher l’État de com­met­tre les vio­la­tions les plus fla­gran­tes de ses pro­pres lois. Mais devant l’indif­fé­rence de l’opi­nion et l’absence de sou­tien, c’est l’arbi­traire tout puis­sant de l’État poli­cier qui reste la règle quel­les qu’en soient les consé­quen­ces. Djellali, membre du Comité des Sans papiers expulsé en décem­bre, est aujourd’hui en prison en Algérie. Ricardo Barrientos, main­tenu plié en deux pour le faire taire par les poli­ciers qui l’escor­taient, est mort le 30 décem­bre dans l’avion qui devait le ren­voyer en Argentine. Deux réfu­giés sont morts dans le Calaisis, l’un écrasé par une voi­ture alors qu’il fuyait la police qui har­cèle les sans papiers depuis la fer­me­ture du camp de Sangatte.

Comment faire cesser cette hécatombe ?

On peut, certes, dis­tri­buer du café et des cou­ver­tu­res aux sans papiers du Calaisis. Ce qui arrange bien l’État : en assu­mant à sa place et même à sa demande l’assis­tance aux indi­gents, on évite de poser toute ques­tion poli­ti­que, alors que ni la fer­me­ture ni le main­tien du centre de Sangatte ne cons­ti­tuent une solu­tion ! Et on oublie de dénon­cer l’exten­sion du centre de réten­tion voisin à Coquelles.

On doit aussi exiger la régu­la­ri­sa­tion de tous les sans papiers sur le ter­ri­toire euro­péen. Mais se limi­ter à cette mesure excep­tion­nelle, c’est accep­ter qu’après celle-ci, la machine à créer des clan­des­tins conti­nue à fonc­tion­ner à plein. Une chose qu’a bien com­prise le gou­ver­ne­ment post-fas­ciste ita­lien, puisqu’au même moment où il régu­la­rise mas­si­ve­ment, il ren­force sa légis­la­tion anti-immi­grés.

L’État s’est cons­truit en inven­tant les notions de fron­tiè­res, de citoyen­neté (maté­ria­li­sée par la carte d’iden­tité), de nation comme condi­tions indis­pen­sa­bles à la survie du groupe natio­nal. Cette idéo­lo­gie repose sur l’enfer­me­ment sur soi, la peur et donc l’exclu­sion de l’autre et la dis­cri­mi­na­tion. La fer­me­ture des fron­tiè­res, l’exploi­ta­tion de l’étranger avec ou sans papiers sont les formes d’un racisme omni­pré­sent inhé­rent à la concep­tion d’État-nation.

Pour lutter contre ces formes visi­bles de l’oppres­sion étatique, c’est bien plus qu’une rup­ture dans la poli­ti­que d’immi­gra­tion qu’il faut exiger. En effet, des rup­tu­res, il y en a eu : au début des années 70, les besoins en main d’œuvre de l’indus­trie auto­ri­saient le patro­nat à aller cher­cher des tra­vailleurs immi­grés dans les ancien­nes colo­nies. Aujourd’hui ils sont consi­dé­rés comme la cause du chô­mage. Mais il n’y a pas de fron­tière pour les infor­ma­ti­ciens venus des pays les plus pau­vres ni pour les ath­lè­tes de haut niveau : l’étranger source de profit a tou­jours la côte dans le sys­tème capi­ta­liste. Et si l’immi­gré ne dis­po­sant pas de qua­li­fi­ca­tion reconnue n’est plus offi­ciel­le­ment le bien­venu chez les riches, le sans papier fait bien leur affaire. Taillable et cor­véa­ble à merci, cette main d’œuvre bon marché (non décla­rée, sans pro­tec­tion sociale ni revenu mini­mum) sert la délo­ca­li­sa­tion sur place, dont les économies natio­na­les ne peu­vent se passer. La per­sis­tance de l’exploi­ta­tion des sans papiers est non seu­le­ment causée mais voulue par le sys­tème capi­ta­liste et l’État qui le sert. En don­nant actuel­le­ment la chasse aux sans papiers, Sarkozy cher­che à les faire se terrer et accep­ter leur exploi­ta­tion sans mot dire !

À bas toutes les frontières !

Exiger la liberté de cir­cu­la­tion et d’ins­tal­la­tion des per­son­nes, ce n’est pas seu­le­ment deman­der un réa­mé­na­ge­ment des poli­ti­ques migra­toi­res. Les fron­tiè­res sont faites pour être fer­mées. Il ne faut pas seu­le­ment vou­loir les ouvrir, mais lutter pour les sup­pri­mer parce qu’elles sont les ins­tru­ments de l’oppres­sion économique, sociale et morale que nous subis­sons tou-te-s. Il ne faut pas seu­le­ment vou­loir des papiers pour tou-te-s, mais pas de papiers du tout !

L’urgence est à la cons­truc­tion du rap­port de force avec les sans papiers en lutte face au racisme d’État. Nous devons sou­te­nir tous les sans papiers qui s’orga­ni­sent, sur tous les ter­rains : ren­for­cer leurs mobi­li­sa­tions, dénon­cer toutes les formes d’arbi­traire (sus­pi­cion sys­té­ma­ti­que, contrô­les d’iden­tité, arres­ta­tions…) et d’exploi­ta­tion, orga­ni­ser la résis­tance aux expul­sions dans les aéro­ports comme devant les cen­tres de réten­tion.


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