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Cuba finalmente libre ?

lundi 23 juin 2008


Le 19 février 2008, Fidel Castro déclare dans un dis­cours qu’il ne pren­drait pas en charge les pos­tes de pré­si­dent du conseil d’État et de com­man­dant en chef. À 81 ans et après 49 ans d’exer­cice du pou­voir à la tête de l’uni­que parti auto­risé, le dino­saure com­mu­niste passe le flam­beau à son Raúl de frère (minis­tre de la défense depuis un demi siè­cle ) et à l’unis­son, la presse inter­na­tio­nale pro­fesse une tran­si­tion démo­cra­ti­que (cer­tains médiats fran­çais ont même pré­féré le terme de libé­ra­li­sa­tion).

Faut-il encore le rap­pe­ler, le régime cubain est com­mu­niste-auto­ri­taire, natio­na­liste et qui plus est, dic­ta­to­rial. Depuis 1959, la répres­sion s’abat sur les oppo­sants de tous bords et l’armée qua­drille le pays : dès 1960, les anar­chis­tes, qui s’oppo­saient aux pre­miè­res mesu­res auto­ri­tai­res de Fidel Castro, furent vic­ti­mes de la répres­sion. Leurs orga­ni­sa­tions furent dis­sou­tes, les mili­tants furent per­sé­cu­tés, exé­cu­tés, empri­son­nés ou contraints à l’exil . La même année, l’Association Syndicaliste Libertaire de Cuba publiait un mani­feste met­tant en garde la popu­la­tion face à la mise en place du régime socia­liste et appe­lait la popu­la­tion à se sai­sir de la révo­lu­tion. 43 ans plus tard, le réseau anar­chiste mon­dial en était encore à créer un « comité » de sou­tient aux liber­tai­res Cubain : non, la répres­sion n’a pas dis­paru !

Beaucoup de com­pa­gnons ont pré­féré fuir le pays. C’est le cas de Canek Sanchez Guevara (Guevara ?) petit fils d’un logo de tee-shirt qui est mem­bre du MLC (Mouvement Libertaire Cubain) et réside au Mexique. Il nous fait des révé­la­tions fra­cas­san­tes dans une inter­view don­née en 2006 : les homo­sexuels, punks, libres-pen­seurs, syn­di­ca­lis­tes, poè­tes, etc. ne sont pas les bien­ve­nus à Cuba ! Même au Mexique il est confronté aux pres­sions de la gau­che devant ses posi­tions face au régime cas­triste. Il décrit le sys­tème mafieux qui existe à Cuba avec l’assen­ti­ment de l’État, les déri­ves capi­ta­lis­tes, bour­geoi­ses et bureau­cra­ti­que du pays. Les lon­gues années de dic­ta­ture et l’embargo amé­ri­cain ont laissé un pays dans la misère (man­que d’ali­ments, agri­culture en rui­nes, sys­tè­mes de trans­port vétus­tes, pré­ca­rité, ali­men­ta­tion en eau défi­ci­taire…), des tra­vailleurs las et une jeu­nesse dégoû­tée de tou­tes les idéo­lo­gies. Le matra­quage du dogme com­mu­niste étant per­ma­nent (à l’école, au tra­vail, à la télé, la radio…), la popu­la­tion rejette peut à peut l’idée socia­liste et s’expose à l’arri­vée d’un capi­ta­lisme sau­vage qui ferait le grand bon­heur des États-Unis.

Pour l’ins­tant, le mou­ve­ment anar­chiste est privé de tout moyen d’expres­sion (20 ans de taule pour qui blas­phème sur le régime « socia­liste ») et donc ne pèse pas lourd. Face à l’union de la gau­che latino et à l’impé­ria­lisme amé­ri­cain, les anar­chis­tes cubains refu­sent tou­jours la situa­tion bila­té­rale de la guerre froide.

Une autre dif­fi­culté impor­tante s’oppose au déve­lop­pe­ment du mou­ve­ment liber­taire Cubain : comme au Venezuela, on parle d’auto­ges­tion au gou­ver­ne­ment, et comme au Venezuela cela ne pré­dit pas des len­de­mains qui chan­tent. Le MCL en exil affirme qu’il s’agit là d’une belle super­che­rie qui rap­pelle notre démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive et qui ne pré­fi­gure en rien une géné­ra­li­sa­tion de ce mode d’orga­ni­sa­tion. De plus, ils rap­pel­lent que l’auto­ges­tion demande sa pro­pre économie et qu’elle ne s’uti­lise pas à petite dose comme on peut uti­li­ser une coo­pé­ra­tive en sys­tème capi­ta­liste. L’auto­ges­tion à Cuba si le gou­ver­ne­ment la déve­loppe ne sera qu’un tour de passe passe per­met­tant à Raúl Castro s’il se main­tient de redo­rer son effroya­ble image auprès de la popu­la­tion.

Le mou­ve­ment anar­chiste Cubain n’a pour­tant pas tou­jours été tapis dans l’ombre : au cours de la guerre colo­niale à Cuba (1895-1904), les cama­ra­des cubains, cubai­nes et leurs syn­di­cats entrè­rent dans les for­ces armées sépa­ra­tis­tes et firent de la pro­pa­gande auprès des trou­pes espa­gno­les. Avec cela les actions anti­mi­li­ta­ris­tes des espa­gnols per­mi­rent de nom­breu­ses muti­ne­ries. En 1892, l’Alliance ouvrière cubaine recom­manda aux ouvriers cubains de rejoin­dre les rangs du socia­lisme révo­lu­tion­naire et envi­sa­gea la trans­for­ma­tion de la révolte anti­co­lo­niale en révo­lu­tion sociale. En Espagne en 1897, l’anar­chiste Michele Angiolillo assas­sina le pré­si­dent espa­gnol Canovas. Il déclara avoir agi tant pour ven­ger la répres­sion contre les anar­chis­tes en Espagne que pour répli­quer aux atro­ci­tés com­mi­ses par l’Espagne dans les guer­res colo­nia­les.

L’un de leur grands com­bats aura aussi été d’uni­fier le mou­ve­ment ouvrier blanc et noir et l’une des pre­miè­res grè­ves de l’Alliance ouvrière en 1889 récla­mait le droit pour les afro-cubains de tra­vailler comme les autres.

Aujourd’hui, les anar­chis­tes ne repré­sen­tent plus une force majeure du mou­ve­ment ouvrier Cubain mais la défaite du com­mu­nisme auto­ri­taire et la méfiance vis à vis du capi­ta­lisme pour­rait per­met­tre à un peu­ple qui n’a tou­jours pas goutté à une véri­ta­ble révo­lu­tion d’envi­sa­ger une troi­sième voie.


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