Un gamin a sauté à l’avant du tram, un baluchon sur le dos, dépeigné et crasseux. II salue à voix haute : "Salud camaradas !" Le chauffeur lui rend son salut et le regarde un instant, puis entame la conversation : "Bon dieu, que tu es sale", dit-il. "Bah, ça n’est pas dangereux", répond le garçon. "Si, si, si tu veux être anarchiste, tu dois te laver tous les jours. Ça fait partie du caractère révolutionnaire ; c’est seulement alors que tu auras le droit de nous appeler camarades." Le garçon opine du bonnet, et au milieu du trajet notre tramelot s’arrête et envoie le gamin se laver à la fontaine. Le petit merdeux commence par refuser, mais le tramelot a de l’énergie à revendre. Le tram attend patiemment, et il ne viendrait à l’esprit d’aucun des voyageurs de réclamer. Une fois le garçon lavé, trois minutes après, il remonte dans le tram en disant : "Gracias companeros !" et on reprend le chemin de la ville. Les Espagnols sont gentils avec grands et petits, et surtout ils ont toujours du temps.