On est une dizaine de personnes du milieu queer lillois autonome. On a récemment fait face à des personnes de nos milieux tenant des propos et comportements pédo et pro-pédo (on utilise le mot ’’pédo’’ car le concept de ’’pédophilie’’ renvoie a de l’amour là où il s’agit en réalité de domination et de violences ; et celui de ’’pedocriminalité’’ fait référence uniquement au cadre de la loi et invisibilise/normalise ce qui se réfère aux discours et ambiances). Il est possible d’avoir des pensées intrusives (notamment suite à des violences dans l’enfance), mais là on parle de personnes qui revendiquent la “pédophilie” comme orientation romantique et sexuelle.
On a donc voulu réaffirmer des positions anti-pédo. Car pour nous : il ne peut pas exister de relations égalitaires (romantiques/sexuelles/amicales) entre des enfants ou personnes jeunes et des adultes. Les conditions matérielles et sociales des enfants (cerveau en développement, dépendance économique et affective, structures sociale qui les silencient etc.) mènent à des relations trop inégales avec des adultes, rendant le consentement impossible.
Plus que cibler ces personnes précisément, il s’agit pour nous que chacun·e puisse repérer ces discours et comportements potentiellement visibles et se positionner très clairement contre eux.
Chez les queers et à gauche (et meme a l’extrême gauche) il y a déjà eu des gens qui ont voulu défendre des idées pro-pedos. Certain·es se sont organisé·es comme un mouvement politique durant les années 70. Par exemple, une tribune pro pédo à été signée par de nombreuses personnalités politiques (Foucault, De Beauvoir, Sartre, Dolto, Guérin etc). Iels ont profité des luttes pour la libération sexuelle de différentes minorités (gays, ados, femmes cis) pour légitimer leurs agressions avec des arguments « politiques ». Iels ont été exclu·es dans les années 90 d’organisations politiques et LGBTQ+ à la suite de longues luttes internes (+ de 15ans !!). Mais certaines de leurs idées persistent.
Il nous paraît important d’exposer ici les arguments/stratégies des pédos et pro-pédos auxquels on a fait face pour pouvoir mieux les contrer :
- D’abord, iels revendiquent le fait d’être pédo comme une orientation sexuelle et romantique, qui subirait comme les minorités LGBTQIA+, une oppression systémique. Or, les orientations sexuelles et romantiques des minorités LGBBTQIA+ supposent des relations consenties et horizontales ( bien que des violences intracommunautaires existent -). Ce ne sont pas le cas des comportements pédos qui profitent d’un déséquilibre de pouvoir pour créer des liens intimes/sexuels. On parle alors de prédation.
- Iels adoptent une stratégie de minimisation des différences entre adultes et enfants. Iels font croire qu’une relation horizontale est possible peu importe l’âge. Ainsi iels justifient leurs action en faisant croire que c’est plus de liberté pour tout le monde (y compris les enfants).
- Iels font une disctinction entre “pédophilie” et “pédocriminalité”. Selon elleux, c’est le critère de “passage à l’acte physique” qui permet de distinguer la “pédophilie”de la
“pédocriminalité”. Les pédos appellent alors à “l’abstinence” sexuelle mais revendiquent de vivre des relations affectives/amoureuses avec des enfants et jeunes personnes. Mais, partager des relations affectives avec ces dernier·ères, c’est déjà un passage à l’acte, c’est déjà entrer dans un jeu de domination avec elleux. Un·e adulte ne peut pas demander de témoignage affectif avec une personne jeune car celle-ci n’est pas apte à consentir (même dans des cadres qui ne sont pas sexuels). - Pour finir, les personnes auxquelles on a été confronté·e s’investissent dans des luttes contre les dominations (antispéciste et enfantiste notamment) dans lesquelles iels ont pourtant des postures de pouvoir (leur radicalité sur ces questions leur permet parfois de se rendre insoupçonnables). Mais en réalité, ces personnes cherchent activement à étendre leur pouvoir sur des enfants et/ou jeunes personnes. Iels utilisent pour ça des stratégies communes à toutes violences - notamment sexistes et sexuelles - à savoir : l’isolement, la mise en confiance, la culture du secret, la recherche de vulnérabilité, etc.
Non seulement ces discours sont des violences, mais ils constituent également un terrain fertile aux violences contre les enfants (de manière générale), car ils brouillent les limites.
En utilisant ces faux arguments enfantistes ou en détournant des arguments de « minorités sexuelles », le mouvement pédo cherche encore à se faire une place dans les milieux de gauche.Détourner des identités, outils et concepts LGBTQIA+ pour légitimer de la domination et des violences, c’est dangereux, amalgamant et intolérable.
On tenait à préciser : des paniques morales racistes, transphobes et queerphobes sous-entendent que les pédos se trouveraient d’abord parmi les hommes "étrangers" non blancs, les hommes homosexuels efféminés, les femmes trans et plus largement les queers. La réalité, c’est que : les pédos n’appartiennent à aucune catégorie sociale type (de genre, d’orientation sexuelle, de classe, de race, d’âge). Être pédo, c’est avant tout adopter des comportements et des discours de domination, des stratégies d’agresseureuses et de prédation qui s’ancrent dans un système patriarcal, une culture du viol et de l’inceste.
La lutte enfantiste dénonce la domination des adultes sur les enfants (légitimation de l’autorité des un·es sur les second·es sur critère d’âge) et les violences qui en découlent. Elle considère les enfants comme des personnes à part entière. Leurs avis, consentements et limites sont mis en avant, tout en prenant en compte leurs besoins et leurs vulnérabilités du fait de leur âge. La lutte enfantiste s’est beaucoup construite contre les violences familiales, incestueuses et la maltraitance. Instrumentaliser aujourd’hui la lutte pour les droits des enfants pour profiter d’elleux est tout simplement intolérable.
Ne laissons passer aucune prise de parole, aucun discours pouvant porter à confusion sur notre positionnement vis-à-vis des pédos !
On a besoin d’éradiquer le mouvement pro-pédo : de les identifier et de les contrer. C’est une attention collective !
Et bien sûr : écoutons les enfants et continuons de lutter contre l’agisme !
Ce communiqué est imparfait et incomplet mais il est nécessaire et parait dans un contexte d’urgence. On veut écrire une brochure plus complète à ce sujet et on est ouvert·es aux échanges/questions à cette adresse : poissonvitesse chez grrlz.net.