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Vrais femmes ! : pour vrais machistes !

avril 2001


Au mois de février, le mensuel masculin FHM (For him magazine) organisait un concours dont l’intitulé était : « gagner une vrai femme ! (valeur : 45 000 FF). » Déjà rien que ça, ça fout la gerbe ! Quand on y regarde de plus près (en surmontant la répulsion engendrée par ce titre racoleur), on découvre que la « vrai femme » en question est en fait… une poupée grandeur nature, une real doll !

Heureux hasard, le même mois, un reportage dans Marie-Claire, signé Élisabeth Alexandre, nous informait de ce que sont ces real dolls : « des poupées faites de silicone et d’acier qui ressemblent d’une manière hallucinante à des vraies femmes. […] Chaque poupée est fabriquée à la commande, entièrement à la main, et nécessite quatre-vingt heures de travail. L’acheteur a le choix entre cinq types de corps, du plus menu au plus plantureux, et neuf types de visages. […] Chaque poupée dispose d’un sexe, d’un anus et d’une bouche, parfaitement réalistes et utilisables. » (Marie-Claire, n° 582, février 2001, « Ces poupées qui disent oui », É. Alexandre). Mais leurs propriétaires assurent que ce n’est pas qu’un objet sexuel ! Certains (et certaines aussi) les considèrent comme une compagne, voire un enfant (« au Japon, on fabrique des real dolls de sept ans » (Marie Claire, idem), mais rien à voir avec la pédophilie, n’est-ce-pas ?), leur parlent comme à un véritable être humain ! Réification des êtres humains - les femmes, encore et toujours ! - et humanisation des objets (nouvelle forme d’anthropomorphisme) sont les mamelles de l’incommensurable bêtise humaine. Pôvre petit monde…

C’est vrai que pour certains hommes, la real doll est la compagne idéale : elle ne parle pas, ne râle ni ne contredit jamais, ne dit jamais « non », n’a jamais de règles ou de migraine, est donc « toujours disponible », comme le proclame FHM. Et puis, quand on en a marre de sa tête, on peut la ranger dans le placard. Le pied, quoi ! Bon, d’accord, les real dolls ne font pas encore le café, la lessive, le ménage, le repassage, le torchage et les devoirs des mômes, comme bobonne, mais on ne peut pas tout avoir. Et peut-être que, le progrès aidant, bientôt… Tiens, le progrès, justement, parlons-en : le rêve, le fantasme absolu pour ces abrutis serait que les real dolls deviennent « la femme artificielle parfaite, programmée pour effectuer quelques mouvements et proférer quelques phrases, gémir sous les caresses et rire aux histoires drôles, s’animer quand on appuierait sur on et s’immobiliser sur off. Dans les ateliers d’Abyss (la société californienne qui les fabrique), on travaille déjà à améliorer le squelette des poupées, pour les rendre encore plus malléables et réalistes, à les équiper de capteurs électroniques qui leur permettront de répondre à certaines stimulations. » (Marie Claire, idem) On imagine très bien lesquelles !

Se rendent-ils compte, ces sombres crétins, de l’abjection de ce genre de « joujou » ? Cette façon de considérer les femmes est non seulement une insulte et une violence faite aux femmes, mais aussi aux hommes. En faisant commerce de ce genre d’objet, en s’extasiant devant les real dolls, ne voient-ils pas qu’ils se et nous (nous, hommes) réduisent à de simples « bites sur pattes » ? Bon, d’accord, c’est aussi le cas pour pas mal de mecs… « Au moins, me direz-vous, pendant qu’ils jouent avec leurs poupées, ils n’emmerdent pas les femmes ! » Ouais, mais le problème, à mon avis, c’est que l’un n’empêche pas l’autre, hélas !

Ce n’est pas nouveau que les femmes soient le « parent pauvre » de l’humanité, ça fait même quelques millénaires que ça dure - religions, patriarcat et capitalisme, entre autres, aidant - mais là on assiste à un « nouveau pas en avant de la connerie » comme le disait Coluche qui se demandait : « Mais dites-moi, jusqu’où s’arrêteront-ils ? » S’arrêteront-ils seulement un jour, ces Foutus Horribles Machistes et consorts ? Si nous laissons faire, certainement pas… Et s’il est une chose qu’il faudrait que ces « messieurs » comprennent, c’est que les femmes ne sont ni à prendre, ni à vendre, ni à gagner !

À quand des real dolls « vrais z’hommes » ? Ben… si c’est pour avoir chez soi un mec qui ne décroche pas un mot, qui reste les pieds sous la table ou assis devant la télé, qui ne participe pas aux tâches ménagères, qui joue les « bonnets de nuit », et autres joyeusetés, les femmes n’ont pas besoin de substitut : bien souvent, leur compagnon fait l’affaire !

Laurent Laloy (GroMéLiFA)