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À la grande bouffe capitaliste, c’est l’État qui fait le service !

jeudi 14 janvier 2010


La ques­tion peut sem­bler contra­dic­toire au pre­mier abord : nous sommes anti-étatistes et nous défen­dons les ser­vi­ces publics. Depuis 1983, droite et gauche confon­dues orga­ni­sent leur mise en coupe réglée (sous pré­texte de ren­ta­bi­li­sa­tion), tout comme ils orga­ni­sent la casse de la pro­tec­tion sociale.
La Poste se trouve aujourd’hui dans l’oeil du cyclone capi­ta­liste, et c’est l’État qui souf­fle le vent de la tem­pête.
La des­truc­tion du ser­vice public de télé­com­mu­ni­ca­tions est en marche depuis plus de 20 ans.
La Poste est sépa­rée de France Télécom en jan­vier 991 (projet initié en 1987 sous le gou­ver­ne­ment de coha­bi­ta­tion Chirac, et fina­lisé par le minis­tre socia­liste Quilès en 1990). France Télécom est soumis à la concur­rence capi­ta­liste depuis jan­vier 1998 (Société Anonyme avec l’État comme seul action­naire), avant d’être livrée en pâture au sec­teur privé en sep­tem­bre 2004.
Le projet de pri­va­ti­sa­tion de La Poste suit une logi­que sem­bla­ble dans une méca­ni­que libé­rale désor­mais bien huilée, après que les trans­ports (SNCF) et l’énergie (EDF/GDF) y aient été aussi broyés. La loi pos­tale vise à trans­for­mer La Poste en société ano­nyme en mars 2010, puis de la sou­met­tre aux appé­tits concur­ren­tiels du marché en 2011.
Les pro­chains au menu de la grande bouffe capi­ta­liste : les ser­vi­ces publics de santé et d’éducation ?

L’État Providence : une escroquerie

Depuis la Seconde Guerre Mondiale jusqu’au début des années 80, les ser­vi­ces publics furent consi­dé­rés, avec la pro­tec­tion sociale, comme des béquilles du marché, des­ti­nés à atté­nuer la féroce exploi­ta­tion du capi­tal. C’était le fameux « État Providence ». Peu de gens se ren­daient compte qu’il cons­ti­tuait une belle escro­que­rie : cette pro­vi­dence pro­ve­nait en fait direc­te­ment des reve­nus du tra­vail, donc du pro­lé­ta­riat et de tout un chacun. Et beau­coup ont oublié que la Sécurité sociale n’était pas gérée par l’État mais par les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les. Mais si l’État avait déve­loppé cer­tains ser­vi­ces publics, et natio­na­lisé cer­tai­nes entre­pri­ses, ce n’était pas par cha­rité. Il répon­dait à des impé­ra­tifs de for­ma­tion de la main d’oeuvre pour les entre­pri­ses (éducation), et de déve­lop­pe­ment (amé­na­ge­ment du ter­ri­toire, énergie…), quand il ne s’agis­sait pas de visées nata­lis­tes (allo­ca­tions fami­lia­les) ou néo-colo­nia­les (ban­ques, Elf…).
Mais il répon­dait aussi à la pres­sion cons­tante de l’agi­ta­tion sociale et devait céder devant cer­tai­nes reven­di­ca­tions ouvriè­res, en matière de pro­tec­tion sociale notam­ment.
Les ser­vi­ces publics, comme la pro­tec­tion sociale, étaient donc conçus comme des remè­des aux inco­hé­ren­ces du marché et comme l’outil d’une cer­taine cohé­sion sociale dans une société iné­gale et qui devait abso­lu­ment le rester.
Depuis le milieu des années 70, la fai­blesse du mou­ve­ment social, due prin­ci­pa­le­ment à la pres­sion du chô­mage, a ouvert la voie à une revan­che des tenants du capi­tal. La mis­sion des ser­vi­ces publics dans le cadre de l’État s’en est trou­vée bou­le­ver­sée. Impératifs de ren­ta­bi­lité finan­cière, métho­des de ges­tion libé­rale, concur­rence avec des entre­pri­ses pri­vées aux objec-

À la grande bouffe capi­ta­liste, c’est l’État qui fait le ser­vice !

L’État Providence : une escro­que­rie tifs pure­ment finan­ciers, baisse des effec­tifs, flexi­bi­lité, recours massif aux emplois pré­cai­res, ser­vi­ces mini­mum pour les pau­vres et ser­vi­ces payants pour les riches... La liste des maux est longue. Et nous avons été de toutes les luttes contre ces régres­sions.
L’État : un patron comme les autres Est-ce-à-dire que nous prô­nons un pur et simple retour à la situa­tion pré­cé­dente ? À l’État Providence ? Bien évidemment non. C’est que nous fai­sons une dis­tinc­tion très nette entre la notion d’État et celle de ser­vice public. Ce n’est pas la qua­lité du pro­prié­taire qui nous importe (privé ou étatique, ou les deux à la fois selon une pra­ti­que désor­mais bien établie du capi­ta­lisme à la fran­çaise). C’est la fonc­tion d’uti­lité sociale pour la popu­la­tion qui est déter­mi­nante.
Et les ser­vi­ces publics étatiques ne brillent pas davan­tage que leur ver­sion libé­rale des mille feux de l’égalité et de la soli­da­rité. On y appli­que la cen­tra­li­sa­tion, la hié­rar­chie, le cor­po­ra­tisme, voire trop sou­vent un natio­na­lisme bêlant dans un but prio­ri­taire (quel que soit la bonne foi de celles et ceux qui y tra­vaillent) : servir avec zèle tous les pou­voirs. Ainsi, l’Éducation natio­nale, qui passe pour un des fleu­rons des ser­vi­ces publics, demeure fon­da­men­ta­le­ment une école de l’iné­ga­lité des chan­ces, du tri social et de la repro­duc­tion de la divi­sion sociale.
Bref, tous ces pré­ten­dus ser­vi­ces publics aux­quels il fau­drait rajou­ter l’armée, la police, la magis­tra­ture, les impôts et les usines d’arme­ment, ne gèrent en rien l’inté­rêt géné­ral au béné­fice de la popu­la­tion. Alors ?

Pour des services publics autogérés par toutes et tous

Alors nous ne vou­lons évidemment pas en reve­nir aux admi­nis­tra­tions caser­nes toutes puis­san­tes.
Dans une civi­li­sa­tion évoluée, les ser­vi­ces publics sont un droit ina­lié­na­ble donc : non
mar­chands, d’accès libre, uni­ver­sels, ils garan­tis­sent l’égalité des citoyens et sont fac­teurs d’entraide sociale. Ils tou­chent toutes les acti­vi­tés indis­pen­sa­bles à la vie en société : éducation, loge­ment, santé, trans­port, com­mu­ni­ca­tion. De nou­veaux champs appa­rais­sent : ges­tion de la ville (au sens large), ges­tion des res­sour­ces natu­rel­les, dis­tri­bu­tion ali­men­taire, énergie, culture...
Nous prô­nons la socia­li­sa­tion des moyens de pro­duc­tion. Cela ne signi­fie évidemment pas leur natio­na­li­sa­tion si chère à l’Union de la Gauche. Cela signi­fie leur appro­pria­tion et une ges­tion col­lec­ti­ves par les pro­duc­teurs et béné­fi­ciai­res.
La vision que nous avons des ser­vi­ces publics est donc la sui­vante :
- des ser­vi­ces col­lec­tifs, sociaux, donc auto­gé­rés col­lec­ti­ve­ment par les acteurs et béné­fi­ciai­res de ces ser­vi­ces. Cela n’ira peut-être pas sans poser de pro­blème, notam­ment de conflit d’inté­rêt entre pro­duc­teurs de ces ser­vi­ces et consom­ma­teurs. Mais l’auto­ges­tion et le fédé­ra­lisme sont pour nous la seule voie et nous per­met­tront d’échapper à la fois à l’aumône ultra-libé­rale et au capo­ra­lisme étatique. Et qui dit auto­ges­tion dit néces­sai­re­ment égalité économique et sociale des sala­rié-e-s.
- des ser­vi­ces gra­tuits. Des trans­ports gra­tuits, l’éducation réel­le­ment gra­tuite, le loge­ment gra­tuit, l’énergie, les com­mu­ni­ca­tions, la nour­ri­ture, l’eau, la santé… gra­tui­tes sont les seuls vec­teurs réels d’égalité sociale.
Cette gra­tuité se conju­gue avec l’auto­ges­tion et le fédé­ra­lisme (avec un rôle cen­tral pour les com­mu­nes) pour assu­rer la cohé­rence de la ges­tion des res­sour­ces. Le ser­vice public "liber­taire" permet le par­tage des riches­ses que nous pro­dui­sons et que le capi­ta­lisme et l’état s’acca­pa­rent.

C’est pour nous un pre­mier pas vers un véri­ta­ble com­mu­nisme liber­taire.

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