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Anarchistes contre la Guerrre et la Colonisation

vendredi 13 mars 2009


Le groupe des Anarchistes Contre le Mur s’est cons­ti­tué, à l’issue de la deuxième Intifada, lors d’actions contre la bar­rière qui vise à sépa­rer les popu­la­tions israé­lienne et pales­ti­nienne (voir l’arti­cle "Ensemble contre l’occu­pa­tion" du n°26 de La Sociale). L’ori­gi­na­lité de ce col­lec­tif israé­lien tient au fait qu’il tra­vaille direc­te­ment avec les PalestienNEs et non comme un simple groupe de soli­da­rité, dans le res­pect des dif­fé­ren­ces cultu­rel­les et de l’auto­no­mie poli­ti­que des PalestinienNEs, avec pour objec­tif affirmé la fin de l’occu­pa­tion. Leur combat aux côtés des PalestinienNEs démon­tre qu’il est tou­jours pos­si­ble de lutter ensem­ble, malgré la poli­ti­que de sépa­ra­tion étanche menée par l’Etat d’Israël, qui ne pro­duit que haine de l’autre.

La lutte conjointe contre l’occu­pa­tion depuis 2003 s’est foca­li­sée notam­ment sur le tracé du mur de sépa­ra­tion et l’exis­tence de ce qu’illes qua­li­fient de "routes d’apar­theid" (routes tra­ver­sant des ter­ri­toi­res occu­pés et réser­vées aux seulEs IsraélienNes). Revendiquant la non-vio­lence face à l’achar­ne­ment et à l’impu­nité de l’armée israé­lienne, ces com­bats ont pris des formes diver­ses : mani­fes­ta­tions, occu­pa­tions, saisie de la jus­tice, actions sym­bo­li­ques, réa­li­sa­tion de films... Avec un cer­tain succès, puis­que le tracé de la bar­rière de sépa­ra­tion a été modi­fié dans cer­tains cas (Bil’in et Qalqiliya notam­ment).

Lutter contre le tracé du mur et contre ces routes de la dis­cri­mi­na­tion, c’est lutter contre les formes concrè­tes de l’occu­pa­tion : res­tric­tion de la liberté de cir­cu­la­tion des PalestinienNEs et orga­ni­sa­tion de leur spo­lia­tion économique (vols de terres, impos­si­bi­lité d’aller tra­vailler). Ces mesu­res sont prises par l’Etat d’Israël au pré­texte de la sécu­rité de sa popu­la­tion, mais ren­for­cent sur­tout une situa­tion de colo­ni­sa­tion.

Contre la colonisation sur tous les fronts

L’étouffement de la popu­la­tion pales­ti­nienne par l’Etat d’Israël a atteint son maxi­mum dans le blocus infligé aux habi­tan­tEs de la bande de Gaza depuis le 17 jan­vier 2008, tou­jours au pré­texte de la sécu­rité. Blocus qui a engen­dré une situa­tion économique et sani­taire catas­tro­phi­que dans ce petit ter­ri­toire sur­peu­plé, et n’a pas inter­rompu le lan­ce­ment de roquet­tes en direc­tion du sud d’Israël. Alors en période électorale, le gou­ver­ne­ment israé­lien a choisi la suren­chère guer­rière et hai­neuse en atta­quant mili­tai­re­ment la bande de Gaza, cau­sant plus de 1300 morts et de 5000 bles­séEs. Au vu des résul­tats électoraux, il sem­ble­rait que ce pari sur la vie des GazaouiTEs ait été rem­porté. On nous a effec­ti­ve­ment pré­senté une "opi­nion publi­que" israé­lienne bel­li­queuse et indif­fé­rente au sort de la popu­la­tion arabe, y com­pris les cioyen­NEs israé­lien­NEs.

La réa­lité n’est pas aussi mono­li­thi­que. Si les modé­réEs du "Camp de la Paix" israé­lien se sont émuEs des consé­quen­ces de l’offen­sive sur Gaza mais n’ont pas remis en cause sa per­ti­nence, il y a bien eu un réel mou­ve­ment en Israël contre cette guerre, auquel les Anarchistes Contre le Mur ont acti­ve­ment pris part. Dès le 26 décem­bre (veille de l’offen­sive), plu­sieurs cen­tai­nes de per­son­nes mani­fes­taient à Tel Aviv. Ces mani­fes­ta­tions s’y sont repro­dui­tes les jours sui­vants, malgré la répres­sion poli­cière et mili­taire, ainsi qu’à Jaffa, Jerusalem Est, Sderot et en Palestine à Ni’ilin (où 4 mani­fes­tants ont été tués par l’armée), Bil’in et Jayyous, vil­la­ges situés sur le tracé du mur.

Aussi long­temps qu’a duré le mas­sa­cre à Gaza, la pro­tes­ta­tion s’est ampli­fiée et a connu divers moments mar­quants. L’ambas­sade d’Egypte a été encer­clée pour pro­tes­ter contre la col­la­bo­ra­tion de ce pays à la fer­me­ture de la Bande de Gaza. Des mani­fes­ta­tions silen­cieu­ses et des die in ont été orga­ni­sés près de l’accès à l’aéro­port mili­taire de Sde Dov d’où par­taient les avions en direc­tion de leurs bases. A cette occa­sion, et à la demande des ser­vi­ces de police humi­liés, des mili­tan­tEs ont été empri­son­néEs trois jours sans char­ges ni juge­ment.

Une répression accrue

La répres­sion envers les Anarchistes Contre le Mur, sur­veilléEs de très près par les flics anti-émeute lors des manifs, s’est inten­si­fiée pen­dant l’offen­sive sur Gaza. La jus­tice a pen­dant ce temps exhumé d’ancien­nes plain­tes (datant par­fois de plus de deux ans) qui por­taient sur des délits commis lors d’actions de pro­tes­ta­tion contre l’occu­pa­tion, ou contre l’atta­que sur le Sud Liban de 2006, mais aussi lors de la jour­née inter­na­tio­nale des droits des femmes ou du 1er Mai. Contre son gré, l’Etat met ainsi en évidence la conver­gence des luttes et reconnaît la "dan­ge­ro­sité" des Anarchistes Contre le Mur. Non parce qu’illes seraient suf­fi­sam­ment nom­breux­SES pour mettre en péril l’Etat d’Israël (ne rêvons pas !), mais bien parce qu’illes n’hési­tent pas à dénon­cer direc­te­ment le sio­nisme et ses évidentes consé­quen­ces xéno­pho­bes et guer­riè­res. Rappelons néan­moins que ce sont les arabes israé­lien­NEs qui furent les prin­ci­pa­les vic­ti­mes des arres­ta­tions et des vio­len­ces lors des manifs.

A l’issue de la guerrre, les Anarchistes Contre le Mur ont pour­suivi leurs actions contre l’occu­pa­tion, notam­ment en appor­tant leur sou­tien aux objec­teur­TRI­CEs de cons­cience et en par­ti­ci­pant au mou­ve­ment d’oppo­si­tion au mur de sépa­ra­tion dans les vil­la­ges de Ni’ilin, Bil’in, Jayyous, alMa’sara ou encore Wadi arRa­sha. Cette lutte en par­ti­cu­lier fait face à une répres­sion inouïe : arres­ta­tions arbi­trai­res, gaz lacry­mo­gène jusque dans les mai­sons, balles en caou­tchouc et réel­les, couvre-feu, nom­breux­SES bles­séEs et mortEs. L’Etat et son armée ne sont pas les seuls à s’en pren­dre à ces mobi­li­sa­tions et aux popu­la­tions pales­ti­nien­nes. Les fachos ne sont jamais bien loin (des rondes de sur­veillance sont d’ailleurs orga­ni­sées pour empê­cher des colons d’agres­ser gra­tui­te­ment les vil­la­geoi­sES voi­si­nEs). Le 10 février, jour des élections, deux repré­sen­tants de l’extrême droite devaient se rendre dans la ville arabe de Umm al-Fahm : face à la mobi­li­sa­tion de la popu­la­tion et des mili­tan­tEs, Baruch Marzel (Front National Juif) et Aryeh Eldad (Parti d’Union Nationale) n’ont pas pu accé­der aux bureaux de vote. A nou­veau, plu­sieurs per­son­nes ont été arrê­tées à cette occa­sion.

Pour pour­sui­vre leurs actions, les Anarchistes Contre le Mur ont besoin d’un sou­tien tou­jours plus grand. 15.000 dol­lars sont néces­sai­res pour cou­vrir leurs frais de jus­tice. Ils et elles appel­lent à l’élargissement de leur sou­tien finan­cier, pour pou­voir pren­dre en charge également les frais de jus­tice des PalestinienNEs arrê­téEs de plus en plus sou­vent pen­dant les manifs.


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