La chanson connaît la police
On a beaucoup chansonné les forces de l’ordre, et depuis longtemps. Il faut dire qu’il y a matière ! Dès le Moyen Âge, il n’a pas manqué de plumes acérées s’appliquant à évoquer la volaille. Grâce à elles nous sont parvenues les traces d’une tradition orale qui n’a rien perdu de sa frondeuse vigueur. Comment les cerbères à la nuque raide, brutaux sous tous les régimes, ne seraient-ils pas chahutés dans d’innombrables refrains vengeurs ? Une chansonnette est en tout cas moins douloureuse que des menottes serrées au sang, une clé d’étranglement, une compression thoracique, un coup de matraque, de flash-ball, de taser ou une « balle perdue ».
La litanie sécuritaire de cette époque vrille les tympans et les comportements mais ne parvient pas à étouffer le vivant brouhaha populaire, d’où jaillissent toujours, en toutes langues, de séditieuses rengaines. On conclura cette brève entrée en matière par un extrait de La Semaine sanglante, écrite en juin 1871 par Jean-Baptiste Clément après l’écrasement de la Commune.
Demain les gens de la policeRefleuririons sur le trottoir,Fiers de leurs états de serviceEt le pistolet en sautoir.Sans pain, sans travail et sans armes,Nous allons être gouvernésPar des mouchards et des gendarmes,Des sabre-peuples et des curés.
Ceux qui avaient vécu sans police un moment la voyaient revenir pour longtemps. Jusqu’à quand ?
Amicale des chansonniers amateurs bénévoles