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LA GUINEE, UN PARCOURS CHAOTIQUE EN FRANÇAFRIQUE (1)

mardi 5 juin 2007


Lors des indé­pen­dan­ces des colo­nies afri­cai­nes orga­ni­sées par De Gaulle et Foccart en 1958, la Guinée, der­rière Sekou Touré est le seul pays de l’ex AOF à refu­ser l’ingé­rence de la France en n’adhé­rant pas à la Communauté franco-afri­caine. Inspiré par le pana­fri­ca­nisme anti­co­lo­nia­liste du gha­néen Nkrumah, l’ancien syn­di­ca­liste et pre­mier pré­si­dent gui­néen a tout fait pour échapper au contrôle des réseaux Foccart, au point de choi­sir l’alliance sovié­ti­que dans le contexte de la guerre froide. Les mul­ti­ples com­plots menés par Foccart et les déli­res sta­li­niens ont eu rai­son de l’indé­pen­dance de Sékou Touré tout en le pous­sant dans une folie dic­ta­to­riale et san­gui­naire. Ainsi, le dis­cours anti­co­lo­nia­liste se dou­ble d’une répres­sion féroce. Le sym­bole de l’atro­cité est le camp Boiro, l’un des camps de déten­tion illé­gale, où l’on tor­ture allé­gre­ment selon des métho­des impor­tées de l’URSS.

Le retour dans le giron foccartien.

Sur la fin de sa vie, Sékou Touré renoue avec la France et avec Jacques Foccart. Après sa mort en 1984, son aide de camp, le géné­ral Lansana Conté, prend le pou­voir après un coup d’état. Il ne l’a plus quitté depuis avec le sou­tien bien­veillant de la Mitterrandie et de la Chiraquie mal­gré un dis­cours régu­liè­re­ment mais faus­se­ment fran­co­phobe, puis­que sa garde per­son­nelle est enca­drée par des mili­tai­res fran­çais. Quant à la répres­sion, elle conti­nue à s’abat­tre sur les GuinéenNEs. Le camp de Boiro reste ouvert, il change juste de nom, les métho­des bar­ba­res demeu­rent.

Preuve de son sou­tien, la France four­nit le maté­riel anti-émeutes qui a servi à répri­mer les mani­fes­tan­tEs du mou­ve­ment de jan­vier-févier 2007. Quand, à par­tir des années 1990, Lansana a dû concé­der le mul­ti­par­tisme, il s’est main­tenu au pou­voir par la fraude électorale voire en empri­son­nant avant le 2ème tour son prin­ci­pal rival : Alpha Condé. Cela lui vaut des cri­ti­ques inter­na­tio­na­les plus ou moins timi­des mais un sou­tien incondi­tion­nel de la France. A cette occa­sion, Chirac, sans gêne, déclare que les GuinéenNEs « ont pu libre­ment expri­mer leur choix lors des scru­tins qui, peu à peu, enra­ci­nent la démo­cra­tie en Guinée. ». Face à la crise récente, la France a tout fait pour repous­ser une « ingé­rence » exté­rieure afin de lais­ser Lansana lacé­rer dans le sang la Guinée. Selon Le Monde du 15 février 2007, la France aurait même envi­sagé d’envoyer un navire mili­taire de débar­que­ment en Guinée.

Pour son aide, le ’’débi­teur’’ fran­çais exige un retour. La Guinée par­ti­cipe donc en 1998 à une coa­li­tion séné­galo-fran­çaise pour res­tau­rer le dic­ta­teur de Guinée Bissau Nino Vieira, menacé par sa pro­pre armée(2). La Guinée est aussi impli­quée dans le sou­tien au sei­gneur de la guerre libé­rien Charles Taylor, au bou­cher congo­lais Sassou Nguesso et aux opé­ra­tions de finan­ce­ment, comme le tra­fi­que de dro­gue. Ces dif­fé­ren­tes opé­ra­tions pous­sent envi­rons 700 000 réfu­giéEs du Liberia, de Sierra Leone, de Guinée Bissau à se réfu­gir en Guinée. Faute d’aides sérieu­ses de la Françafrique, la misère des popu­la­tions es est encore aug­men­ter.

Un soutien français au service de l’exploitation de la Guinée

La Guinée est riche en dia­mants, ura­nium et est au 1er rang mon­dial pour ses réser­ves de bauxite dont elle est le 2ème pro­duc­teur. Notons qu’il y a relance de l’exploi­ta­tion du mine­rai de fer du mont Nimba à la fron­tière avec la Côté d’Ivoire et le Liberia. Ce pro­jet est lancé en pleine « guerre civile » libé­rienne suite aux tra­vaux du BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière), un ins­ti­tut fran­çais très bran­ché sur les ser­vi­ces secrets. Le pro­jet vise ainsi, entre autre, à appor­ter des fonds, une fois de plus, à Charles Taylor puis­que c’est par les ins­tal­la­tions por­tuai­res du Liberia que doi­vent tran­si­ter les expor­ta­tions. Le fer est exploité par un consor­tium réu­nis­sant notam­ment l’amé­ri­cain Enron (celui des frau­des, des com­plots, etc. révé­lés en 2001), le japo­nais Marubeni (la Chiraquie entre­tient d’ailleurs des liens forts avec l’état Japonais, l’extrême droite et la maf­fia nip­po­nes et les réseaux Chirac pro­fi­tent lar­ge­ment du détour­ne­ment de l’aide médi­cale japo­naise à l’Afrique(3)) et la Compagnie gui­néenne, avec la Banque Mondiale. Les pro­fits consi­dé­ra­bles de cette exploi­ta­tion vont aux com­pa­gnies exploi­tan­tes et au clan pré­si­den­tiel, rien n’est consa­cré au pays et à ses habi­tan­tEs, qui vivent dans le plus misé­ra­ble des dénue­ments. Enfin, pré­ci­sons que 20% des impor­ta­tions de la Guinée pro­vien­nent de l’ex métro­pole et en pleine crise poli­ti­que en 1998-1999, Chirac, qui vient assu­rer Lansana du sou­tien de la France, conso­lide des contrats pour Bouygues.

(1) Lire FX Verschave « Si la Guinée m’était Conté » in Noir Silence, pp.216-222, 2000, les Arènes.

(2) lequel renvoie l’ascenseur en prêtant des troupes filer un coup de main lors de la répression du mouvement social de début 2007, voir l’article : retour sur les luttes en Guinée-Conakry ».

(3) FX Verschave, Noir Chirac, pp.197-199 , 2002, Les Arènes.


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