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Wiki, logiciels libres, gratuité… Anti-capitalisme ou alter capitalisme ?

mardi 5 juin 2007


Le Wiki (du hawaïen wiki­wiki qui signi­fie rapide) est un type de pro­gramme qui, sur un site Internet, per­met à cha­que uti­li­sa­teur de modi­fier libre­ment le contenu des pages. De cette inven­tion s’est créée l’ency­clo­pé­die Wikipedia. Devenue main­te­nant très popu­laire et uti­li­sée notam­ment pour les arti­cles de La Sociale©, cette ency­clo­pé­die est gérée de façon coo­pé­ra­tive par l’ensem­ble des mem­bres de la com­mu­nauté. Chacun peut dans un arti­cle en modi­fier le contenu ou affi­cher un taux de vali­dité de l’arti­cle. Ainsi, les autres uti­li­sa­teurs sont au cou­rant que l’arti­cle mar­qué peut sus­ci­ter le doute. Une com­mis­sion de contrôle qui a pour mis­sion de véri­fier les arti­cles est également cons­ti­tuée. Le tout est tout de même sou­mis à l’auto régu­la­tion et le suc­cès de cette for­mule est une petite vic­toire pour nos idées d’autant plus que le pro­gramme est gra­tuit. Le wiki per­met donc l’inves­tis­se­ment de tous et tou­tes, l’appren­tis­sage de la res­pon­sa­bi­lité col­lec­tive mais aussi la viva­cité du pro­gramme, sa réno­va­tion en théo­rie per­ma­nente.

Une mul­ti­tude de « wiki » se sont créés paral­lè­le­ment comme anar­cho­pe­dia ou encore wiki­bé­ral (liber­ta­rien, anar­cho-capi­ta­liste). La for­mule n’est cer­tes pas infailli­ble : il est pos­si­ble de sabo­ter les pages en y ins­cri­vant n’importe quoi sans garan­tie que le contenu soit changé dans la demi-heure, cepen­dant il existe une sau­ve­garde des ancien­nes don­nées et la faci­lité qu’il y a res­tau­rer une page ris­que de décou­ra­ger rapi­de­ment les trou­bles fêtes.

Le logi­ciel libre cor­res­pond au free soft­ware en anglais. Free signi­fie libre ou gra­tuit. Ce type de logi­ciel que l’on oppose au logi­ciel pro­prié­taire rend pos­si­ble la libre exé­cu­tion, copie, dis­tri­bu­tion, étude, modi­fi­ca­tion et amé­lio­ra­tion du pro­gramme. Ces « options » cor­res­pon­dent à qua­tre liber­tés fon­da­men­ta­les :
- La liberté d’exé­cu­ter le pro­gramme, pour tous les usa­ges (liberté 0).

- La liberté d’étudier le fonc­tion­ne­ment du pro­gramme, et de l’adap­ter à vos besoins (liberté 1). (l’accès au code source est une condi­tion requise).

- La liberté de redis­tri­buer des copies, donc d’aider votre voi­sin-e, (liberté 2).

- La liberté d’amé­lio­rer le pro­gramme et de publier vos amé­lio­ra­tions, pour en faire pro­fi­ter toute la com­mu­nauté (liberté 3). (l’accès au code source est également une condi­tion requise).

Tout cela est per­mis par ce que l’on appelle une licence libre. C’est Richard Stallman qui a concré­tisé le pro­jet logi­ciel libre au début des années 80 et l’a popu­la­risé avec la Free Software foun­da­tion (FSF). Jusque dans les années 70, la notion de pro­priété est très rela­tive en ce qui concerne les logi­ciels. Au contraire, des grou­pe­ments d’uti­li­sa­teurs étaient cou­ram­ment for­més pour l’échange de savoir et la modi­fi­ca­tion col­lec­tive des logi­ciels. Les fabri­cants sou­te­naient ces ini­tia­ti­ves car le logi­ciel ne cons­ti­tuait pas encore une source de revenu et donc encore moins un mar­ché sta­ble.

C’est à la fin de la décen­nie 70 que l’indus­trie micro-infor­ma­ti­que se déve­loppe et ins­taure une nou­velle ère : l’ère du logi­ciel pro­prié­taire. Notre huma­niste et ennemi des iné­ga­li­tés pré­féré :Bill Gates, est l’un des grands défen­seurs de ce nou­veau mar­ché et s’illus­tre en écrivant une let­tre ouverte aux hob­byis­tes appe­lant à ces­ser le copiage « illi­cite » des pro­gram­mes. Les logi­ciels cons­ti­tuent peu à peu un mar­ché alter­na­tif à l’ordi­na­teur et se ven­dent direc­te­ment exé­cu­ta­bles ce qui rend évidemment la chose moins inté­res­sante mais bien plus ren­ta­ble. L’ache­teur se trouve ainsi lié au pro­duc­teur, à son bon vou­loir et aux amé­lio­ra­tions qu’il dai­gne par­ta­ger. L’his­toire de Microsoft notam­ment se résume assez sim­ple­ment avec ces logi­ques-là.

C’est donc dans les années 80 que Richard Stallman, qui tra­vaille au labo­ra­toire d’intel­li­gence arti­fi­cielle du MIT (Massachussetts Institute of Technology), observe ce chan­ge­ment qui de son point de vue est assez bur­les­que : lui et ses col­lè­gues vont créer des logi­ciels qui ne pour­ront plus s’échanger ensuite.

De là se crée la Free Software Foundation et la mise en place d’une licence libre ou copy­left. L’inté­rêt de la chose est que cette licence dépo­sée per­met l’échange, l’amé­lio­ra­tion etc… mais sur­tout l’impos­si­bi­lité de ren­dre le logi­ciel moins libre en le redis­tri­buant. Exit donc les mas­to­don­tes bouf­feurs de fric. C’est le prin­cipe de l’open source qui garan­tit cette liberté face aux ven­deurs de tou­tes espè­ces : il per­met l’accès à ce que l’on appelle le code source, code qui cons­ti­tue en gros l’ADN du pro­gramme. A nous donc les logi­ciels géné­ti­que­ment modi­fiés… C’est cela qui per­met d’adap­ter le logi­ciel aux besoins indi­vi­duels. Petit bémol : c’est la FSF et le pro­jet Debian qui sont les uni­ques média­teurs et garants de la vali­dité de cha­que licence libre. La FSF pré­cise que la confu­sion de sens avec le mot free n’est pas à faire : la gra­tuité n’est pas garan­tie avec le logi­ciel libre et cer­tains noms de logi­ciels sont dépo­sés comme Linux, Mozilla, Apache…) Debian accepte cepen­dant que les ver­sions modi­fiées chan­gent de nom.

Mais qu’importe, l’ini­tia­tive free soft­ware a créé un effet papillon : grâce à la ges­tion et la créa­tion coo­pé­ra­tive et com­mu­nau­taire des logi­ciels gra­tuits, il est dif­fi­ci­le­ment conce­va­ble que le logi­ciel libre puisse être tota­le­ment récu­péré par les indus­tries mer­can­ti­les. Un autre point impor­tant qui garanti l’indé­pen­dance des logi­ciels est le prin­cipe de l’inter opé­ra­bi­lité. C’est ce qui assure la com­pa­ti­bi­lité des for­mats et des logi­ciels sur tous les ordi­na­teurs. On com­prend que Microsoft n’appré­cie pas la chose…

Il est légitime de se demander pourquoi de telles initiatives et pourquoi une telle réussite.

La vérité sem­ble être que la créa­tion de logi­ciels libres est un trem­plin en or pour être embau­ché dans les gros­ses com­pa­gnies par la suite ou se faire une répu­ta­tion divine auprès des mor­dus du lan­gage binaire (cf : Linus Torvalds). Les déve­lop­peurs et uti­li­sa­teurs aiment pour­tant à pré­ci­ser qu’ils sont indé­pen­dants et que leurs moti­va­tions sont liées à des concep­tions poli­ti­ques très dif­fé­ren­tes. Richard Stallman adopte une posi­tion assez par­ti­sane : il consi­dère que le droit d’auteur en empê­chant l’entre aide par la copie ou l’opti­mi­sa­tion et en pri­vi­lé­giant l’auteur aux dépends du monde entier est « nui­si­ble pour la société ». D’autres sou­li­gnent tout sim­ple­ment l’effi­ca­cité du sys­tème coo­pé­ra­tif par rap­port aux autres modè­les. Plus cette « coo­pé­ra­tive » est nom­breuse, plus les garan­ties sont opti­mi­sées : sécu­rité, exper­tise, amé­lio­ra­tion rapide… Tout est de plus basé sur le béné­vo­lat, ce qui ne sem­ble pas poser pro­blème car cha­cun y a ses inté­rêts et tra­vaille pour soi et la com­mu­nauté. Il n’y a peut être pas de quoi crier au com­mu­nisme liber­taire mais l’ini­tia­tive est tout de même plai­sante.

L’un des éléments fon­da­men­taux qui a per­mis la dif­fu­sion à très grande échelle, au point que beau­coup de per­son­nes, même étrangères au milieu infor­ma­ti­que, se sont « mis à la page » et rejet­tent même quel­que fois les gros ven­deur est la gra­tuité. La rareté voire l’inexis­tence de la gra­tuité dans le sys­tème capi­ta­liste rend la chose d’autant plus attrayante. Le prin­cipe de consom­ma­tion est exclu de ce monde du libre qui il faut l’avouer effleure du doigt cer­tains de nos prin­ci­pes les plus chers : la libre et égalitaire dis­po­si­tion de la pro­duc­tion, du savoir… et le rejet des prin­ci­pes pro­prié­tai­res et capi­ta­lis­tes.

Il s’agit de points inté­res­sants si l’on ima­gine les pro­grès que cela engen­dre dans les écoles : la pos­si­bi­lité pour les enfants de rame­ner le logi­ciel sur lequel ils tra­vaillent à l’école chez eux, l’indé­pen­dance vis à vis des sys­tè­mes de fonc­tion­ne­ment par­ti­cu­liers c’est à dire le non for­ma­tage de l’élève à un logi­ciel pré­cis… Autant d’éléments très « uti­les » mais qui ne résol­vent pas la ques­tion des iné­ga­lité par rap­port à l’acces­si­bi­lité au maté­riel infor­ma­ti­que. Pour cela il nous fau­dra quand même une bonne petite révo­lu­tion sociale.

Tout cela per­met de pla­cer nos espoirs dans ce phé­no­mène de société, en effet, le déve­lop­pe­ment du logi­ciel libre est mon­dial et l’on peut voir des ras­sem­ble­ments comme les Rencontre Africaines du Logiciel Libre (RALL) se tenir où se pré­sen­tent également des délé­ga­tions d’Amérique du sud ou d’Asie ce qui pose les bases d’une union mon­diale. Mais il faut cepen­dant bien avouer que même pour ceux qui ont un ordi­na­teur (1 foyer sur 2 en France), il s’agit encore d’une liberté toute rela­tive : Des socié­tés comme Ubuntu sont pri­vées et c’est sou­vent dans le ser­vice, les liens et la publi­cité qu’il y trou­vent la pos­si­bi­lité de faire du fric. Dans les entre­pri­ses, le ser­vice peut néan­moins per­met­tre d’adap­ter les logi­ciel aux besoins par­ti­cu­liers lorsqu’elles ne font pas appel aux uti­li­sa­teurs sur les forums, démar­che qui elle ne coûte rien.

Mais le télé­char­ge­ment de logi­ciel libres accom­pa­gne le déve­lop­pe­ment de l’ADSL et les sim­ples uti­li­sa­teurs n’en sont pas tous équipés. Demandons-nous par qui sont fabri­qués les ordi­na­teurs ? Qui tient les pour­voyeurs d’accès Internet ? Certes des ini­tia­ti­ves voient le jour pour ce qui est des héber­geurs asso­cia­tifs (l’autre.net) mais nous res­tons encore bien dépen­dants de la grosse indus­trie infor­ma­ti­que qui même avec les logi­ciels pro­prié­tai­res conti­nue de faire des pro­fits. La gra­tuité des logi­ciels pour­rait bien les inci­ter à aug­men­ter les prix d’autres équipements, car il ne faut pas se leur­rer : l’indus­trie se recy­clera. Rêvons donc de coo­pé­ra­ti­ves de cons­truc­tions de micro-ordi­na­teurs indé­pen­dan­tes et de gra­tuité des machi­nes, là peut être se pro­fi­lera un début d’indé­pen­dance face aux capi­ta­lis­tes.

LE LIBRE DANS LA REGION

- Ateliers au Hangar Occupé (43 rue jardin des plantes à Moulin métro : Pte de Douai) les mercredi 18h-20h pour initiation à l’installation de Linux, constitutions de matériel avec de la récup’, distribution de logiciels libres…

- Le 7 juin au CCL soirée de soutien à Indymédia Lille (bouffe - atelier anonymat sur internet - proj’-discussion)

- Apéros Spip de la communauté d’utilisateur-trice-s de ce logiciel de création de sites web.

- Accès internet à prix libre les lundi, mercredi et samedi (15-18h) au CCL

- Du 10 au 14 juillet 2007 à Amiens se tiennent les 8e rencontres mondiales du logiciel libre.


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