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Sandinista : faux retour et vrai fourre-tout

lundi 5 mars 2007


Nicaragua novem­bre 2006. L’ancien diri­geant marxiste, le lea­der san­di­niste et ex-Commandante Daniel Ortega retrouve son fau­teuil pré­si­den­tiel qu’il avait du quit­ter en 1990, battu par une coa­li­tion de droite sou­tenu par les USA. Sa vic­toire dès le pre­mier tour face à une droite désu­nie, est salué pas ses amis Fidel Castro et Hugo Chavez. En Europe et ailleurs, l’extrême-gau­che en mal de nou­veaux modè­les exulte… encore un pays d’Amérique Latine qui bas­cule dans le camp de l’espoir. Restait à connaî­tre la réac­tion de l’admi­nis­tra­tion Bush qui avait menacé de sus­pen­dre ses aides en cas d’élection du can­di­dat san­di­niste. Allait on revi­vre la funeste année 1984 durant laquelle l’admi­nis­tra­tion Reagan avait refusé de reconnaî­tre la pre­mière vic­toire d’Ortega et s’était lancé dans une guerre à outrance contre le régime socia­liste de Managua ? Très vite la Maison Blanche fait savoir que sa coo­pé­ra­tion avec le gou­ver­ne­ment nica­ra­guayen serait subor­don­née à son "res­pect des prin­ci­pes démo­cra­ti­ques", manière de sug­gé­rer qu’aucune réforme des struc­tu­res poli­ti­ques et économiques ne serait accep­tée , pen­dant qu’ Ortega se réaf­firme favo­ra­ble à un accord de libre échange avec les USA. Les bons comp­tes font les bons amis.

La première victoire sandiniste

Les gou­ver­ne­ments des USA suc­ces­sifs ont tou­jours fait preuve d’une bien­veillance très par­ti­cu­lière envers les peu­ples d’Amérique Latine. Le Nicaragua a donc du subir en per­ma­nence l’ingé­rence de l’admi­nis­tra­tion amé­ri­caine. Ainsi en 1933, lors­que les for­ces armées amé­ri­cai­nes enva­hi­rent le Nicaragua pour la n-ième fois, elle repar­ti­rent en lais­sant deux cadeaux : la Garde Nationale et un cer­tain Anastasio Somoza. Cette Garde Nationale (GN) allait deve­nir l’échine dor­sale mili­taro-poli­cière de la dic­ta­ture des Somoza (père, fils et petit-fils) et de leur clan, leur per­met­tant de faire main basse sur les res­sour­ces et les riches­ses du pays pen­dant plus de 40 ans. La Garde Nationale fit ainsi régner la ter­reur sur la popu­la­tion essen­tiel­le­ment pay­sanne et toute forme d’oppo­si­tion syn­di­cale et poli­ti­que : extor­sion, meur­tres, viols, tor­tu­res… Le prix à payer pour être un état client du puis­sant Oncle Sam ?

Le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN), mou­ve­ment marxiste est crée au début des années 60 et entame la gué­rilla selon les prin­ci­pes gué­va­ris­tes du foyer insur­rec­tion­nel : l’avant-garde enta­mant la lutte armée et entraî­nant dans son sillage par une méca­ni­que impla­ca­ble les mas­ses pay­san­nes. Mal orga­ni­sée, la gué­rilla accu­mule les défai­tes, ses quel­ques faits d’armes entraî­nant une esca­lade sau­vage de la répres­sion de la part de la GN. En outre, elle se révèle inca­pa­ble d’obte­nir la col­la­bo­ra­tion des pay­sans qui lorsqu’ils sont enrô­lés ont une fâcheuse ten­dance à la déser­tion. En 1967, lors de l’une de ses plus ambi­tieuse opé­ra­tion mili­taire, elle est qua­si­ment déci­mée par la GN, les com­bat­tants sont dis­per­sés et d’impor­tants lea­ders du mou­ve­ment sont tués au com­bat. Le FSLN décide alors de façon prag­ma­ti­que de pas­ser en "phase silen­cieuse d’accu­mu­la­tion des for­ces".

C’est à cette période qu’il publie son pro­gramme poli­ti­que qui exige entre autres :
- la révo­lu­tion agraire, la ques­tion de la redis­tri­bu­tion des ter­res étant une reven­di­ca­tion cru­ciale dans un pays majo­ri­tai­re­ment rural
- un gou­ver­ne­ment révo­lu­tion­naire et une par­faite inté­grité admi­nis­tra­tive
- l’émancipation de la femme. Jusqu’à 30% des com­bat­tants de la gué­rilla étant des fem­mes qui com­bat­tent dans leurs pro­pres bataillons
- le res­pect des liber­tés reli­gieu­ses
- une poli­ti­que exté­rieure indé­pen­dante et la soli­da­rité inter­na­tio­nale
- l’élimination de la GN et la créa­tion d’une armée popu­laire patrio­ti­que
- l’unité de l’Amérique Centrale
- une économie mixte com­pre­nant un sec­teur public, un sec­teur socia­lisé basé sur des petits pro­duc­teurs regrou­pés en coo­pé­ra­ti­ves et un sec­teur réputé libre pour les entre­pri­ses.

La reprise des acti­vi­tés mili­tai­res du FSLN en 1974 coïn­cide avec l’émergence de l’oppo­si­tion civile à Somoza. Même la bour­geoi­sie d’affai­res, frus­trée par les mono­po­les, spé­cu­la­tions et tra­fics du clan Somoza, espère une nor­ma­li­sa­tion démo­cra­ti­que. En réponse aux offen­si­ves du FSLN Somoza impose la loi mar­tiale et l’état d’urgence et rejette toute les ten­ta­ti­ves de négo­cia­tion avec l’oppo­si­tion. L’assas­si­nat en Janvier 1978 d’une figure emblé­ma­ti­que de l’oppo­si­tion, le direc­teur du jour­nal "La Prensa" sus­cite le rap­pro­che­ment de la bour­geoi­sie, de la hié­rar­chie catho­li­que, des clas­ses moyen­nes, des pay­sans et pro­lé­tai­res. Un syn­di­cat patro­nal (le COSEP) lance un mot d’ordre de grève de plu­sieurs jours repris en masse par la petite-bour­geoise et le pro­lé­ta­riat urbain ; une fac­tion du FSLN intè­gre même avec l’ensem­ble de l’oppo­si­tion, dont l’Eglise, le Frente Amplio de Oposicion qui exige le départ de Somoza. Contesté à l’inté­rieur, Somoza se fait également lâcher par l’Oncle Sam. L’admi­nis­tra­tion Carter (démo­crate) est en effet dans une phase de détente vis à vis du bloc com­mu­niste : signa­ture des accords de désar­me­ment nucléaire SALT avec l’URSS, accords de Camp David met­tant fin au conflit Israël/Egypte … et ne peut plus excu­ser aux yeux de l’opi­nion publi­que les exac­tions de l’auto­crate de Managua. En février 1978, Carter sus­pend l’aide mili­taire au Nicaragua et auto­rise la CIA a finan­cer la presse d’oppo­si­tion et des syn­di­cats dans le but de créer une alter­na­tive "modé­rée" à la mon­tée en force du FSLN. L’idée de Washington, qui presse Somoza à démis­sion­ner, est de créer un gou­ver­ne­ment pro­vi­soire de recons­truc­tion natio­nale inté­grant les cadres du parti somo­ziste et sur­tout conser­vant la struc­ture de la GN.

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Dès lors le fruit pourri de la dic­ta­ture de Somoza n’attend plus qu’un coup pour chu­ter de l’arbre. Profitant d’une grève géné­rale lan­cée le 4 juin 1979 le FSLN mar­che sur Managua. Le 17 Janvier, Somoza s’enfuit par avion lais­sant un pays dont les 2/3 de la popu­la­tion vivent avec moins de 300$ par an et empor­tant son pac­tole, estimé par les ser­vi­ces secrets US à prés de 900 mil­lions de $. La Junte de Gouvernement de Reconstruction Nationale (JGRN) com­po­sée de 5 mem­bres dont 3 san­di­nis­tes s’ins­talle.

Those Washington bullets again…

"Pour la pre­mière fois ils ont fait la révo­lu­tion au Nicaragua. Sans aucune ingé­rence de l’Amérique". C’est avec cette tou­chante naï­veté poli­ti­que que les punks des CLASH accueillent dans une chan­son de leur album ’Sandinista’ le nou­veau régime de Managua. En effet la JGRN va connaî­tre un an et demi de rela­tive accal­mie, Carter accorde même une aide finan­cière mais qui n’ira cepen­dant qu’a des offi­ci­nes non gou­ver­ne­men­ta­les, au sec­teur privé et à des caches-sexes locaux de la CIA. Par contre il refuse tout aide mili­taire mal­gré les deman­des de la Junte qui en a besoin pour com­bat­tre des grou­pes dis­pa­ra­tes d’oppo­sants à la révo­lu­tion : les contras qui ras­sem­ble­ront aussi bien d’anciens cadres somo­zis­tes que des fac­tions démo­cra­tes libé­ra­les.

Les san­di­nis­tes en pro­fi­tent pour met­tre en place leur pro­gramme : redis­tri­bu­tion de 2 mil­lions d’hec­ta­res, natio­na­li­sa­tion de la mine, de la pêche… ainsi que d’ambi­tieu­ses réfor­mes socia­les dont la créa­tion des "bri­ga­des d’alpha­bé­ti­sa­tion" qui connaî­tront une cer­taine effi­ca­cité en même temps qu’elles ser­vi­ront de vec­teur à la pro­pa­gande san­di­niste. Car, sui­vant la doc­trine Marxiste-Léniniste, ils n’oublient pas de faire main-basse sur l’appa­reil d’Etat pour le confon­dre avec le Parti ainsi que sur tout les aspects de la vie sociale. Flics et bidas­ses armés de Kalashnikov à la mode Soviétique, réta­blis­se­ment de la cen­sure visant les jour­naux qui appor­tent un sou­tien trop cri­ti­que, créa­tion d’une police poli­ti­que visant à épurer le Parti-Etat d’éventuels com­plots trots­kis­tes ou maoïs­tes, déve­lop­pe­ment des "Comités de Défense Sandiniste" (offi­ci­nes de déla­tion de proxi­mité cal­quées sur le modèle Cubain) et noyau­tage inten­sif des confé­dé­ra­tions syn­di­ca­les, des mou­ve­ments de la jeu­nesse, des coo­pé­ra­ti­ves… Rien ne doit échapper à l’avant-garde ! Ulcérés, les trop modé­rés repré­sen­tants non san­di­nis­tes de la JGRN démis­sion­nent dès Avril 1980.

A Washington l’atten­tisme inquiet de Carter cède le pas à l’impé­tuo­sité revan­charde de Ronald Reagan (répu­bli­cain). Pour la nou­velle admi­nis­tra­tion US qui a décidé d’éradiquer tota­le­ment "l’Empire du Mal" (Moscou et ses satel­li­tes) le Nicaragua Sandiniste est une tave­lure qui ris­que de pour­rir la pomme juteuse que cons­ti­tue le sous-conti­nent Central Américain. Dès lors la guerre lar­vée, non-décla­rée mais à outrance va rava­ger le Nicaragua. Les mesu­res de rétor­sion économique se mul­ti­plient : le FMI, la Banque Mondiale et la Communauté Européenne annu­lent tous les prêts consen­tis, le pétro­lier Esso stoppe tout appro­vi­sion­ne­ment depuis le Mexique, la Standard Fruit Company (US) sus­pend tou­tes ses impor­ta­tions agri­co­les pro­ve­nant du Nicaragua, etc.. Un véri­ta­ble embargo est déclaré à seule fin de met­tre à genoux la fra­gile économie san­di­niste. Même Moscou renâ­cle à finan­cer Mangaua, n’ayant pas envie de sou­te­nir un poids mort sup­plé­men­taire du style cubain. En 1984, sous pres­sions du Groupe de Contadora (Mexique, Panama, Colombie et Venezuela) qui cher­che à éviter l’embra­se­ment en Amérique Centrale, la JGRN accepte d’orga­ni­ser des élections. Le san­di­niste Daniel Ortega est élu pré­si­dent sans sur­prise, d’autant que les autres par­tis ont boy­cotté le scru­tin. En réponse, Reagan pré­ci­pite l’esca­lade de la vio­lence.

Sur le plan mili­taire les dif­fé­rents maquis de la Contra, trop peu nom­breux pour défaire l’armée san­di­niste, optent dès juillet 1979 pour une stra­té­gie de terre brû­lée. Financés et entraî­nés par la CIA à par­tir de 1981 ils se lan­cent dans des raids ayant pour but de saper tou­tes les infra­struc­tu­res économiques et socia­les. Destruction des pipe-lines, minage des ports pétro­liers, tirs sur des tan­kers en appro­che, bom­bar­de­ment des docks : tout est mis en œuvre pour blo­quer tout tra­fic par voie mari­time. En consé­quence indi­recte la flot­tille de pêche qui sou­fre déjà du man­que de fuel est déci­mée par les mines flot­tan­tes. L’agri­culture est également un objec­tif majeur pour les raids qui visent indif­fé­rem­ment les silos à grain, séchoirs à tabac, pro­jets d’irri­ga­tion, rou­tes, camions et trac­teurs. Des fer­mes d’Etat et des coo­pé­ra­ti­ves sont rava­gées à un tel point que de nom­breux sites pour­tant intacts doi­vent être aban­don­nés en rai­son du dan­ger. D’autres sym­bo­les des réfor­mes socia­les du FSLN, comme les écoles, les cen­tre de soin et com­mu­nau­tai­res… cons­ti­tuent pour des rai­sons idéo­lo­gi­ques des cibles de choix. Surtout, afin de ren­for­cer le cli­mat de ter­reur sociale, les contras n’hési­tent pas à piller, vio­ler, tor­tu­rer et tuer de façon la plus bru­tale pos­si­ble.

Le sou­tien de l’admi­nis­tra­tion Reagan est sans faille. Même lors­que le congrès inter­dit en 1983 à la CIA de super­vi­ser des actions de sabo­tage au Nicaragua, le finan­ce­ment conti­nuera que ce soit par le narco-tra­fic ou les béné­fi­ces de ven­tes d’armes à l’Iran (scan­dale Irangate). De plus, le Honduras (situé au Nord du Nicaragua) où se réfu­gie le plus impor­tant maquis Contra est un fidèle allié de Washington. L’armée US mul­ti­pliera les manœu­vre mili­tai­res conjoin­tes avec son homo­lo­gue du Honduras, ce qui faci­li­tera la livrai­son de maté­riel de guerre, la sur­veillance des côtes et des dépla­ce­ments de l’armée Sandiniste, les mis­sions de bom­bar­de­ments, etc..

En 1987 la guerre civile sévit dans tout le Nicaragua, l’économie est exsan­gue, le mar­ché noir bat son plein. De plus en plus de gens s’enga­gent chez les san­di­nis­tes ou les contras pour juste échapper à la misère. L’armée et les mili­ces san­di­nis­tes (200 000 per­son­nes pour 3 mil­lions d’habi­tants) dépen­sent la moi­tié du bud­get natio­nal et l’aide mili­taire de l’Union Soviétique se tarit. Impasse économique et mili­taire, c’est alors encore sous l’égide du Groupe de Contadora que des négo­cia­tions direc­tes dif­fi­ci­les entre la Contra et les san­di­nis­tes s’enta­ment pour une déses­ca­lade de la vio­lence. Si la trêve mili­taire s’impose rapi­de­ment, les dif­fi­cultés à trans­for­mer l’oppo­si­tion armée en oppo­si­tion civile ajour­nent à plu­sieurs repri­ses l’échéance vou­lue par Washington : des élections. Le chan­tage est clair : une nou­velle vic­toire san­di­niste ris­que­rait de rom­pre le pro­ces­sus de paix et de relan­cer l’embargo. En toute logi­que Violeta Barrios de Chamorro, can­di­date uni­que de l’alliance des par­tis non-san­di­nis­tes et dont la cam­pa­gne a été lar­ge­ment finan­cée par Washington, bat Daniel Ortega le 25 février 1990.

La longue marche pour la reconquête du Pouvoir

Les diri­gean­tEs san­di­nis­tes avaient-ils anti­cipé leur défaite ? Toujours est-il qu’ils/elles s’étaient dépê­chéEs de se répar­tir les biens expro­priés des chefs natio­na­lis­tes qui leur res­taient sur le bras. Ces petits paie­ments (la "pinata") en nature furent d’ailleurs enté­ri­nés par le gou­ver­ne­ment sui­vant. C’est ainsi que Daniel Ortega vit tou­jours dans la superbe pro­priété de l’ancien chef des négo­cia­teurs de la contra qui est aujourd’hui devenu son vice-pré­si­dent. Si peu de ran­cune, c’est beau à faire chia­ler les 44 000 morts de la guerre.

Avec l’arri­vée des natio­na­lis­tes et libé­raux le Nicaragua se réconci­lie avec l’admi­nis­tra­tion Américaine. Pour saluer ce retour à la nor­ma­li­sa­tion démo­cra­ti­que, le FMI et la Banque Mondiale ordon­nent une poli­ti­que économique libé­rale d’ajus­te­ments struc­tu­rels pour se débar­ras­ser défi­ni­ti­ve­ment des réfor­mes socia­les mises en place par les san­di­nis­tes. Le Nicaragua ren­tre dans l’ère du libé­ra­lisme sau­vage prôné par son bien­veillant pro­tec­teur, ce qui en fera en une dizaine d’années le pays le plus pau­vre du conti­nent, juste der­rière Haïti.

Ortega et le FSLN qui ren­trent dans l’oppo­si­tion légale pour­sui­vent eux aussi leur muta­tion. On a pu cons­ta­ter que sur cer­tains des points leur pro­gramme révo­lu­tion­naire s’éloignait de l’ortho­doxie marxiste. Conçu après l’échec de la stra­té­gie du foyer insur­rec­tion­nel et alors que les san­di­nis­tes iso­lés poli­ti­que­ment recher­chaient des alliés parmi l’oppo­si­tion légale à Somoza, il se débar­rasse fina­le­ment dans les années 1990 de ses ori­peaux révo­lu­tion­nai­res et marxis­tes pour deve­nir un pro­gramme estimé de cen­tre-gau­che… voire fran­che­ment libé­ral ou réac­tion­naire au fur et à mesure des néces­si­tés.

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En octo­bre 1996 Ortega est de nou­veau battu aux élections pré­si­den­tiel­les par Arnoldo Aleman du parti Alliance Libérale. Sandinistes et Libéraux concluent alors un pacte de par­tage des pou­voirs qui leur per­met­tent de contrô­ler conjoin­te­ment la majo­rité des ins­ti­tu­tions. Ce pacte sera renou­velé en 2004 avec Aleman, qui a été réélu en 1996 mais a du démis­sion­ner pour des soup­çons de blan­chi­ment et de cor­rup­tion. Bien que condamné en 2003 à 20 ans de déten­tion, son parti (rebap­tisé PLC) et son ami Ortega lui sont res­tés fidè­les. Les intel­lec­tuels de gau­che et la fac­tion la plus "révo­lu­tion­naire" des san­di­nis­tes ont eut beau hur­ler à la tra­hi­son, cela n’a pas eut l’air d’émouvoir l’oppor­tu­niste Daniel qui pré­fère que ses amis soient des amis des USA. Les dis­si­den­tEs ont donc finit par rejoin­dre un autre parti le Mouvement de Rénovation Sandiniste. Plus ques­tion au FSLN de gros mots comme "col­lec­ti­vi­sa­tion" ou "natio­na­li­sa­tion", la der­nière fois qu’Ortega s’est amusé avec ces vieux gad­gets il s’est fait gron­der très fort et en a perdu son cher fau­teuil pré­si­den­tiel. En plus lorsqu’il s’est repré­senté en novem­bre 2001, sur fond de para­noïa inter­na­tio­nale due au 11 sep­tem­bre, il a été vic­time d’une cam­pa­gne calom­nieuse par ses détrac­teurs qui lui ont rap­pelé les rela­tions qu’il avait main­tenu dans les années 80 avec les lea­ders ara­bes Kadhafi et Arafat.. Alors que lui, le gen­til Daniel, il n’est plus un vilain gué­rillero ter­ro­riste, il est le can­di­dat de la paix et de la réconci­lia­tion.

Et aussi de l’amour pour son pro­chain, mais bien peu pour sa pro­chaine. Là où dans les années 1970 les san­di­nis­tes défen­daient la liberté des cultes pour éviter de se heur­ter fron­ta­le­ment à la puis­sante église catho­li­que, le bon Daniel va plus loin : s’étant décou­vert une fer­veur pour Jésus, il se conver­tit au catho­li­cisme, se marie enfin avec sa com­pa­gne et défend les valeurs de l’église. Alors quand celle-ci orga­nise une énorme mani­fes­ta­tion pour deman­der l’inter­dic­tion de l’avor­te­ment thé­ra­peu­ti­que (la seule forme très res­tric­tive d’avor­te­ment qui reste alors au Nicaragua), frère Daniel et ses apô­tres dépu­tés du FSLN par­tent en croi­sade par­le­men­taire et une semaine avant les élections pré­si­den­tiel­les votent avec le PLC une loi inter­di­sant défi­ni­ti­ve­ment toute forme d’avor­te­ment. Loi qui sera parmi les pre­miè­res à être rati­fiée par le saint pré­si­dent Ortega. Oubliée l’icône fémi­niste des san­di­nis­tes Luisa Amanda Espinoza, la femme pau­vre qui avait quitté son mari abu­sif, la gué­rillero farou­che, émancipée et auto­nome qui était morte le fusil à la main… oubliée l’idéo­lo­gie fémi­niste de la Revolution. Sandiniste, Amen.

Daniel Ortega a sans conteste sa place parmi les lea­ders popu­lis­tes et déma­go­gues de gau­che d’Amérique Latine. Une place par­ti­cu­lière puisqu’il avait déjà goûté le confort des palais pré­si­den­tiaux avant Chavez et Lula. Jouant de son image d’ancien gué­rillero pour pro­met­tre lui aussi une nou­velle révo­lu­tion mais seu­le­ment cette fois contre la misère, dif­fu­sant à plein tom­be­reaux son mes­sage chris­ti­que d’amour, le socia­liste prag­ma­ti­que (et donc libé­ral) cher­che à plaire à tout le monde et en par­ti­cu­lier à com­plaire et se réconci­lier avec ses anciens adver­sai­res poli­ti­ques et inter­na­tio­naux. Sans convain­cre la majo­rité puisqu’avec un score équivalent aux pré­cé­den­tes élections il doit plus sa vic­toire à la divi­sion de la droite qu’à ses talents de boni­men­teur. Sollicité par Chavez qui aime­rait bien inté­grer le Nicaragua dans l’empire régio­nal qu’il rêve de cons­truire (l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques), Ortega a cepen­dant tout fait depuis des années pour don­ner l’assu­rance à l’Oncle Sam qu’il ne remet­trait pas en cause la poli­ti­que économique que Washington estime être la meilleure pour Managua.

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