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1er mai aux Etats-unis : la révolte des immigré-e-s

vendredi 4 août 2006


Le Premier Mai trouve son ori­gine dans la lutte des tra­vailleurs-euses de Chicago en 1886 et la ter­ri­ble répres­sion qui s’en est sui­vie. Il est alors devenu jour­née inter­na­tio­nale de grève. Depuis, le Premier Mai a été tota­le­ment oublié aux États-Unis, d’abord rebap­tisé « Jour de Fidélité » (Loyalty Day) pen­dant le Maccarthysme des années 50, puis rem­placé par une inconsis­tante “Journée du Travail” en sep­tem­bre. Mais cette année voit renaî­tre le Premier Mai aux États-Unis, avec des grè­ves sau­va­ges et des mou­ve­ments dans les lycées à tra­vers tout le pays pour deman­der l’amnis­tie des migran­tEs sans-papie­rEs.

La répres­sion des migran­tEs a tou­jours été féroce aux États-Unis. Mais dans les 10 der­niè­res années, et plus par­ti­cu­liè­re­ment depuis 2001, les rafles, les dépor­ta­tions et la cri­mi­na­li­sa­tion des immi-gran­tEs, ainsi que la mili­ta­ri­sa­tion des fron­tiè­res ont sin­gu­liè­re­ment aug­menté. Aucune de ces mesu­res n’a cepen­dant ralenti l’immi­gra­tion ; mais, sous la pres­sion d’un électorat blanc raciste enca­dré par l’extrême droite, elles obli­gent encore plus les immi­gran­tEs à la clan­des­ti­nité, faci­li­tant ainsi leur exploi­ta­tion par les patron­NEs.

S’organiser, envers et contre tout

L’étincelle à l’ori­gine des mar­ches et des grè­ves du Premier Mai, est le pro­jet de loi extrê­me­ment répres­sive du séna­teur Sensenbrenner sur l’immi­gra­tion. Cette loi vise à faire des sans papie­rEs de quasi cri­mi­nel­LEs, pas­si­bles de lour­des pei­nes de pri­son. Elle cri­mi­na­lise également les tra­vailleurs-euses socia­les, les ensei­gnan­tEs et n’importe quelle per­sonne qui aide­rait unE migrantE sans col­la­bo­rer à la répres­sion étatique, ou sans le/la dénon­cer. Une fois arrê­téEs, les immi­gran­tEs peu­vent s’atten­dre à un long empri­son­ne­ment et à une dépor­ta­tion iné­luc­ta­ble.

D’impor­tan­tes mani­fes­ta­tions contre le texte de loi en Mars et en Avril ont obtenu le sou­tien de l’Église Catholique, des syn­di­cats et des chaî­nes de télé­vi­sion de lan­gues espa­gno­les. Mais lorsqu’un réseau infor­mel de grou­pes locaux d’immi­gréEs appela tous les migran­tEs à se met­tre en grève, à sor­tir des écoles et à ne rien ache­ter le Premier Mai, les grands sou­tiens ins­ti­tu­tion­nels s’effa­rou­chè­rent et firent tout pour repren­dre le contrôle des opé­ra­tions. Plusieurs ONGs de défense des droits des migran­tEs se sont join­tes à ces voix qui les encou­ra­geaient à « aller tra­vailler et aller à l’école le Premier Mai ». D’autres orga­ni­sa­tions ont essayé de leur faire peur en rap­pe­lant qu’ils/elles ris­quaient de per­dre leur tra­vail. Et cer­tains syn­di­cats se mirent à orga­ni­ser une coa­li­tion plus “res­pon­sa­ble” pour contrer cette radi­ca­li­sa­tion.

Si quel­ques syn­di­cats appor­tè­rent un timide sou­tien à l’appel du Premier Mai, aucun d’entre eux n’appela ouver­te­ment à la grève. L’une des rai­sons tient au fait qu’aux États-Unis, tous les accords de bran­ches, de boî­tes... contien­nent des clau­ses qui empê­chent les syn­di­cats de faire grève jusqu’à ce que l’accord ait pris fin (seul le syn­di­cat révo­lu­tion­naire IWW qui refuse le pari­ta­risme à la sauce US échappe à cette contrainte). Contrairement à la France, les syn­di­cats ne peu­vent pas (léga­le­ment) lan­cer un appel à la grève pour des motifs élargis, ce qui rend d’autant plus dif­fi­cile une mobi­li­sa­tion de masse.

La répression est le signe de la peur des gouvernants

C’est pour­quoi l’appel du Premier Mai fut si ter­ri­fiant pour la droite, l’église, et cer­tains syn­di­cats. Les grè­ves natio­na­les les plus impor­tan­tes en plus de 70 ans étaient orga­ni­sées tota­le­ment en dehors des pro­cé­du­res léga­lis­tes et stic­te­ment limi­tées que la classe domi­nante a réussi à impo­ser aux tra­vailleurs-euses. Dans la plu­part des vil­les, des col­lec­tifs indé­pen­dants de droits des immi­gran­tEs s’orga­ni­saient par eux-mêmes (avec quel­ques excep­tions, comme à New York, où l’acharné et oppor­tu­niste International Action Center, façade du parti trots­kiste Workers World, s’y est mis et en a pris le contrôle…)

Les semai­nes pré­cé­dant le Premier Mai, la police de l’immi­gra­tion mena une série de rafles de dépor­ta­tions ayant pour but de ter­ro­ri­ser les immi­gran­tEs et les obli­ger à res­ter chez eux. Le jour du Premier Mai, la police blo­qua et patrouilla autour des lycées à Los Angeles afin d’empê­cher les mani­fes­ta­tions lycéen­nes. Malgré ça, plus d’un mil­lion de per­son­nes, la plu­part des immi­gréEs, mani­fes­tè­rent dans dif­fé­ren­tes vil­les. De nom­breux n’allè­rent pas tra­vailler, mais d’autres négo­ciè­rent sim­ple­ment du temps avec leurs patrons. Bien que tou­tes les natio­na­li­tés étaient repré­sen­tées, les com­mu­nau­tés lati­nos et sur­tout mexi­cai­nes étaient les plus pré­sen­tes. Les mani­fes­tan­tEs deman­daient l’amnis­tie pour tous les sans-papie­rEs, une reven­di­ca­tion radi­cale dans un pays où des mili­ces para­mi­li­tai­res armées (les Minutemen) patrouillent à la fron­tière, où les Border Patrols font déjà un sale bou­lot et n’hési­tent pas à tirer à vue. Le Premier Mai, les sans-papie­rEs des Etats-Unis ont décidé de sor­tir de la clan­des­ti­nité à laquelle les oblige la répres­sion étatique. Ils/Elles ont refusé d’être silen­cieux-euses, invi­si­bles, doci­les et reconnais-san­tEs envers le “droit” d’être exploité-e-s, comme les racis­tes blan­cHEs et la classe domi­nante vou­draient qu’ils le soient.

Magouilles syndicales cogestionnaires

Au même moment, nom­bre de mani­fes­tan­tEs por­taient des dra­peaux amé­ri­cains, et plu­sieurs orga­ni­sa­tions essayaient d’atté­nuer leurs reven­di­ca­tions pour ras­su­rer les peti­tEs blan­cHEs racis­tes. Néanmoins, l’essen­tiel de la popu­la­tion blan­che des États-Unis regarda ces mani­fes­ta­tions avec hos­ti­lité ou indif­fé­rence et n’a jamais envi­sagé de pren­dre part aux grè­ves. Et alors qu’une grève natio­nale sau­vage et incontrô­lée hor­ri­fiait la plu­part des capi­ta­lis­tes, cer­tai­nes entre­pri­ses qui dépen­dent du tra­vail bon mar­ché des sans-papie­rEs, fer­maient même leurs établissements en sou­tien.

Ces entre­pri­ses qui ont sou­tenu la grève, ont cer­tai­ne­ment espéré qu’une forte mobi­li­sa­tion for­ce­rait le sénat, qui doit main­te­nant débat­tre de la loi, à adop­ter un pseudo-com­pro­mis tout aussi défa­vo­ra­ble aux immi­gréEs mais plus ino­dore bap­tisé Massive guest wor­kers pro­gram. Ces lois offri­raient une amnis­tie limi­tée en créant un sys­tème de recours mas­sif à des tra­vailleurs-euses immi­gréEs. Le patro­nat pour­rait se ser­vir d’une main-d’oeu­vre bon mar­ché avec qua­si­ment aucun droit, expul­sa­ble à échéance des besoins – ou lors­que les tra­vailleurs-euses com­men­ce­raient à s’orga­ni­ser. Les mêmes orga­ni­sa­tions qui ont essayé de saper la grève du Premier Mai ten­tent main­te­nant de faire pas­ser la loi du Massive guest wor­kers pro­gram alors que l’aile la plus radi­cale du mou­ve­ment conti­nue à reven­di­quer l’amnis­tie totale.

Répression, militarisation, précarisation

Depuis les mani­fes­ta­tions, Bush a conti­nué à mili­ta­ri­ser la fron­tière mexi­caine, où les gar­des-fron­tiè­res sont à l’ori­gine de plus d’un mil­lion de déten­tions l’année der­nière. Six mille gar­des, beau­coup de vété­rans d’Irak et d’Afghanistan, ont été envoyés pour patrouiller à la fron­tière. Bush a également mobi­lisé 2 mil­liards de dol­lars pour créer une “bar­rière vir­tuelle” tout au long de la fron­tière, avec des jouets de haute tech­no­lo­gie sem­bla­bles à ceux uti­li­sés en Irak et des méga-murs (mira­dors, bar­be­lés...) conçus en fonc­tion de la résis­tance de l’homme dans le désert. Plusieurs entre­pri­ses pri­vées (BTP, mili­ces pri­vées, video sur­veillance...) ayant opéré en Irak pro­po­sent d’ailleurs déjà leurs ser­vi­ces.

Dans le même temps, les maqui­la­do­ras (sorte de zones fran­ches fron­ta­liè­res en ter­ri­toire mexi­cain où les entre­pri­ses amé­ri­cai­nes vien­nent exploi­ter une main-d’oeu­vre sans droits) conti­nuent de pros­pé­rer et de rem­plir les poches des capi­ta­lis­tes des deux côtés du mur. Quant aux pro­duc­tions, elles peu­vent de plus en plus libre­ment cir­cu­ler compte tenu des accords de libre échange conclus entre les deux Etats. De plus, rap­pe­lons-le, les dif­fé­ren­tes lois racis­tes n’ont pas pour but de stop­per l’immi­gra­tion mais de pré­ca­ri­ser un peu plus une main d’oeu­vre immi­grée pour­tant déjà tailla­ble et cor­véa­ble à merci.

La résis­tance et l’auto orga­ni­sa­tion des immi­gréEs des Etats-Unis est donc plus que réjouis­sante en cette période de casse sociale géné­ra­li­sée qui prend appui sur un racisme pri­maire.

Partout dans le monde, liberté de circulation et d’installation, solidarité entre les travailleurs-euses d’où qu’ils/elles viennent, finissons-en avec le capitalisme !


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