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Dans les facs et lycées, fer de lance du mouvement

vendredi 4 août 2006


Un mon­ceau majes­tueux de chai­ses, tables, pou­bel­les, bar­riè­res… bazar­dées pêle mêle devant l’entrée de la fac de Lille 3, un piquet de grève aux allu­res mati­na­les, et voilà qu’en ce beau matin du 24 février, ça fleu­rait bon le gra­buge impro­visé. Hardi-e-s cama­ra­des, les bar­ri­ca­des sont de retour !

Improvisée mais pas ino­pi­née, cette ré-appro­pria­tion de notre espace de tra­vail quo­ti­dien, fît suite à une déter­mi­na­tion nou­velle dans la lutte contre la loi sur l’égalité des chan­ces, par­tie plus tôt au mois de février des facultés de Rennes et de Toulouse et béné­fi­ciant du large tra­vail infor­ma­tif opéré depuis la mi-jan­vier.

Pour une fois, et alors qu’ils-elles étaient resté-e-s plu­tôt her­mé­ti­ques au mou­ve­ment contre la loi Fillon en 2005, les étudiant-e-s sem­blaient résolu-e-s à repren­dre leurs affai­res en main et faire de leurs facultés occu­pées jour comme nuit, des lieux d’agi­ta­tion et d’émergence de la colère col­lec­tive.

Occupons-nous de nos affaires !

Quitter ses inté­rêts per­son­nels, et pren­dre la mesure du triste hori­zon social, voilà ce que devaient nous appor­ter les blo­ca­ges de nos lieux d’étude par­tout sur la métro­pole lil­loise, alors que paral­lè­le­ment à l’échelle natio­nale, les bas­tions de la lutte se mon­taient un par un. Autant qu’une furieuse envie de bat­tre le pavé qui s’annon­çait consis­tante, la bonne nou­velle était l’inha­bi­tuelle poli­ti­sa­tion de nos lieux d’occu­pa­tion.

A l’opposé, on a sou­vent entendu, en défa­veur de l’occu­pa­tion et de la grève, l’argu­ment risi­ble d’un pré­tendu apo­li­tisme supé­rieur, pseudo règle de vie en com­mu­nauté dans les lieux d’études et plus lar­ge­ment dans les lieux de tra­vail. Une façon de se débar­ras­ser du débat poli­ti­que en le can­ton­nant à l’iso­loir et aux jou­tes ora­toi­res feu­trées des par­le­ments… Et être contre le blo­cage, ne vou­lait pas for­cé­ment dire être pour la pré­ca­rité, bien sûr ! Mais tout ces gens bien inten­tion­nés, ces soit disant « sans opi­nion », pré­fè­rent encore l’asep­sie poli­ti­que que de quit­ter leur route bien droite et regar­der autour d’eux.

Qu’y a t’il de plus poli­ti­que que d’arra­cher la parole à la cli­que bour­geoise, sur­tout en matière de débat social, et quoi de plus éminemment quo­ti­dien que l’orga­ni­sa­tion col­lec­tive, la réflexion d’une volonté de groupe, sa cons­truc­tion, son expres­sion… Ramener la poli­ti­que dans la rue, en marge des par­le­ments, c’est en redé­fi­nir les ter­mes : le poli­ti­que c’est se regrou­per pour défi­nir com­ment l’on va s’orga­ni­ser pour man­ger, dor­mir, vivre et où l’on crée un com­mun, en appre­nant à bri­co­ler ou à pein­dre. Aller tra­vailler, pré­fé­rer mar­cher tête bais­sée en fei­gnant d’igno­rer que la misère est ins­ti­tu­tion­nelle, c’est poli­ti­que, c’est faire le choix de ram­per vaille que vaille et de lais­ser aux pro­fes­sion­nel-le-s de la gou­ver­nance la libre mar­chan­di­sa­tion de nos vies.

Pour pou­voir cons­truire des alter­na­ti­ves, bien sûr qu’il faut stop­per la machine de l’ordi­naire, bien sûr qu’il faut ris­quer de man­quer son semes­tre, mais c’est le strict mini­mum pour faire un pied de nez à cel­les et ceux qui nous croient tombé-e-s dans l’apa­thie géné­rale.

Et si dans la lutte, les bahuts occu­pés devien­nent un sym­bole de cette ré-appro­pria­tion du poli­ti­que par les indi­vidu-e-s eux-même, il n’en est que plus dom­ma­gea­ble de remar­quer qu’en dehors de ces rares espa­ces de résis­tance et de créa­tion, ils ne demeu­rent que trop sou­vent des lieux asep­ti­sés où règne le poli­ti­que­ment cor­rect.

« Je me révolte, donc nous sommes »

A l’inverse, la lutte col­lec­tive deve­nue quo­ti­dienne cons­ti­tue une véri­ta­ble bouf­fée d’oxy­gène par les alter­na­ti­ves qu’elle pose d’elle-même. A com­men­cer par le modèle orga­ni­sa­tion­nel auto­ges­tion­naire réem­prunté des lut­tes pas­sés, comme un bon vieux réflexe qui revient tout seul : AG auto­no­mes, tra­vail par com­mis­sion, man­da­te­ment ponc­tuel et révo­ca­ble... C’est toute une manière de réin­ven­ter les modes de déci­sions col­lec­tifs qui est envi­sa­gée. Et alors qu’en temps de paix sociale, les chefs ins­ti­tué-e-s des struc­tu­res syn­di­ca­les type UNEF dis­pen­sent à eux seuls la parole délais­sée par les étudiant-e-s, au sein des assem­blées géné­ra­les, on se plaît à gérer notre lutte direc­te­ment.

Dans notre mar­che en avant, l’étape sui­vante fut la coor­di­na­tion des plus de 60 facultés et IUT, et des quel­ques 200 lycées en lutte au niveau natio­nal.

Ce fut l’une des carac­té­ris­ti­ques majeu­res de ce mou­ve­ment, un agenda de lutte rythmé par les coor­di­na­tions natio­na­les heb­do­ma­dai­res, réu­nis­sant des délé­gué-e-s de tou­tes les AG, venu-e-s des six coins de la Chiraquie. 36 heu­res de réu­nion heb­do­ma­daire per­met­tant l’établissement sys­té­ma­ti­que d’un calen­drier de mani­fes­ta­tions et la défi­ni­tion d’un axe reven­di­ca­tif com­mun, affirmé à tra­vers les appels suc­ces­sifs à la conver­gence des lut­tes en direc­tion du monde du tra­vail. Le mou­ve­ment englobe désor­mais la tota­lité des points en France et réin­vente petit à petit les fédé­ra­tions…C’est ainsi que loca­le­ment nais­saient les coor­di­na­tions régio­na­les et les AG inter­pro­fes­sion­nel­les, véri­ta­bles temps forts dans les ten­ta­ti­ves de conver­gence des lut­tes… Sans papier-ère-s, pré­cai­res, chô­meur-se-s, sala­rié-e-s se retrou­vent ainsi dans la rue début mars, confor­mé­ment aux pre­miers appels d’un tout nou­veau front syn­di­cal uni au moins sur la ques­tion du CPE, c’est à dire en fait sur pas grand chose, mais l’impres­sion numé­ri­que est de taille. Et v’là que la coor­di­na­tion natio­nale étudiante se don­nait dans le même temps la grève géné­rale inter­pro­fes­sion­nelle comme mot d’ordre, his­toire de voir si la droite tien­drait tou­jours aussi droit dans ses ran­gers dès lors que l’on vient lui cha­touiller le por­te­feuille !

Une atta­que directe, là où ça fait mal aux inté­rêts des capi­ta­lis­tes, qu’à aucun moment les struc­tu­res syn­di­ca­les n’ont relayée, et qu’elles ont même contri­bué à étouffer. Il y a que, contrai­re­ment aux pros des com­pro­mis­sions syn­di­ca­les, les agité-e-s de tous bords n’ont aucun inté­rêt de com­plai­sance avec la bour­geoi­sie aux com­man­des. Il est alors plus facile de défen­dre les inté­rêts des tra­vailleur-se-s quand on ne par­ti­cipe pas au cir­que de la col­la­bo­ra­tion de clas­ses.

Car une chose est claire, à l’inté­rieur du mou­ve­ment et parmi ceux et cel­les qui l’ont bâti, il n’a jamais été ques­tion de se foca­li­ser sur le CPE, et tou­jours au moins de s’oppo­ser aux régres­sions conte­nues dans la si mal nom­mée loi pour l’égalité des chan­ces et au CNE. Et par nom­bre de ses aspects, la lutte de cette année s’est démar­quée du cadre léga­liste, ou en tout cas, s’est donné les moyens de le remet­tre en cause.

À voir les caillas­sa­ges régu­liers des robo­cops pro­té­geant les vitri­nes de cen­tres vil­les ou autres locaux UMPistes, la révolte pou­vait également s’extir­per de ses for­mes “res­pec­tueu­ses”.A voir Mélenchon se faire accueillir à coup d’œufs à la Sorbonne, la bour­geoi­sie de gôche pou­vait elle aussi être prise à parti par les gré­vis­tes.

En dehors des manifs, un nou­veau degré d’action a également pu s’expri­mer sur la métro­pole : des occu­pa­tions de locaux d’ANPE, de mis­sions loca­les, d’agen­ces d’inté­rim, dans l’opti­que d’unir l’ensem­ble des pré­cai­res au sein d’un même com­bat, des actions de blo­ca­ges de gares, de voies de com­mu­ni­ca­tions, régu­liè­res, par­fois en col­la­bo­ra­tion avec les unions loca­les comme à Seclin, pour faire roya­le­ment chier la cli­que des “pro­fi­teur-se-s”… Ce qu’on a vu de tout ça dans les médias ? Une mobi­li­sa­tion résu­mée très pro­fes­sion­nel­le­ment au terme de “mou­ve­ment étudiant, anti-CPE”, occultant ainsi la plu­part des reven­di­ca­tions et le fond du com­bat, celui contre une pré­ca­rité devenu pro­blème majeur, autant pour les « adul­tes » que pour les « jeu­nes ».

“La sécu­rité de l’emploi est un désir d’esclave”, titrait un tract de la fac de Rouen, tan­dis que les gré­vis­tes de Rennes ins­tal­laient leur vil­lage auto­géré en plein quar­tier bour­geois, Place du Parlement, que les Toulousain-e-s blo­quaient les livrai­sons de piè­ces déta­chées d’Airbus et que les Grenoblois-e-s enva­his­saient les locaux de France Bleu Isère jusqu’à obte­nir un pas­sage à l’antenne.

Bien sûr, dans le fond porté au cours de la lutte, le mou­ve­ment était bien plus ecclec­ti­que que cela et ne peut pas seu­le­ment se résu­mer aux reven­di­ca­tions affi­chées au plus fort de l’action… On l’a vu à la vitesse où les piquets de grè­ves se sont défaits. Mais c’est le pro­pre de la révolte que d’inté­grer, à l’ori­gine, la mul­ti­pli­cité des dis­cours : le révo­lu­tion­naire, le réfor­mard, le local et le mon­dial.

Son essence, c’est qu’elle ne se donne comme uni­que péda­go­gue que sa pro­pre intel­li­gence col­lec­tive. En cela, le mou­ve­ment révo­lu­tion­naire est un pro­ces­sus en per­pé­tuelle évolution. Et pas seu­le­ment sur un sou­bre­saut col­lec­tif ponc­tuel, mais également dans une conti­nuité, à plus grande échelle.A titre d’exem­ple, la lutte contre la loi Fillon de l’année der­nière aura per­mis un enga­ge­ment plus net et plus déter­miné des lycéen-ne-s devenu-e-s étudiant-e-s… Et on ne compte pas s’arrê­ter là.

Retour sur des réalités internes

Tout n’était cepen­dant pas for­cé­ment très « clean » au cours de la lutte et sa fin pré­ci­pi­tée nous a per­mis de tirer quel­ques ensei­gne­ments à com­men­cer par les rap­ports entre mili­tant-e-s au sein d’une lutte qui dure et qui veut tou­jours plus gagner du ter­rain.

En tête des cho­ses à redire, la repro­duc­tion d’une forme de domi­na­tion mas­cu­line. Malgré une cer­taine vigi­lance au cours des AG pour assu­rer des tours de paro­les équitables et des pri­ses de res­pon­sa­bi­lité au sein des tri­bu­nes, une fois cel­les-ci ter­mi­nées, la répar­ti­tion des tâches au sein des occu­pa­tions pre­nait par­fois des allu­res de famil­les patriar­ca­les, notam­ment pour tout ce qui concerne la cui­sine, course et net­toyage. On ne compte par ailleurs plus les atti­tu­des viri­lis­tes de cer­tains gros bras, tout heu­reux de jouer les caïds des tours de garde ou du ser­vice d’ordres. Une chose est sûre le milieu mili­tant n’est pas imper­méa­ble à ce genre de com­por­te­ment et si l’exploi­ta­tion sala­riale est une forme de domi­na­tion, le machisme et le viri­lisme en sont d’autres. Citons au même titre l’homo­pho­bie récur­rente à l’inté­rieur des manifs, via des slo­gans du type « CPE, Contrat Pour Enculer ».

A Lille 3, à l’occa­sion de tables ron­des, l’ini­tia­tive a alors été prise d’orga­ni­ser une réflexion col­lec­tive non seu­le­ment sur la place des fem­mes dans le mou­ve­ment mais aussi sur les oppres­sions qu’elles subis­sent dans cette société patriar­cale. Par la suite, elles ont orga­nisé des manifs de nuit non mix­tes à Lille pour mon­trer aux mecs qu’elles peu­vent agir sans eux et se ré-appro­prier la rue.

Des ini­tia­ti­ves nou­vel­les donc, à la faveur d’un mou­ve­ment qui pou­vait aussi se poser des ques­tions plus lar­ges, sur de nou­veaux rap­ports entre indi­vidu-e-s… Ni le patriar­cat, ni l’exploi­ta­tion ne sont une fata­lité ! Quitte à tirer des leçons, il fau­drait aussi ana­ly­ser les carac­té­ris­ti­ques du mou­ve­ment pour le ren­dre encore plus fort et radi­cal. Ainsi, la néces­sité de conser­ver un modèle auto­géré et auto­nome se révéla tout autant déter­mi­nant dans la cons­truc­tion d’un mou­ve­ment solide que dans la dégrin­go­lade bru­tale passé le retrait du CPE.

Sur le pre­mier point, les répon­ses aux crain­tes qu’on aurait pu avoir quant à l’auto­dé­ter­mi­na­tion du mou­ve­ment étaient plu­tôt posi­ti­ves. Dans les facs, bon nom­bre de per­son­nes étaient réso­lues à ne pas se faire bala­der par de petit-e-s chef-fe-s, et les syn­di­cats « repré­sen­ta­tifs » tou­jours obli­gés, par la force de la mobi­li­sa­tion, à se mêler aux assem­blées géné­ra­les et à sui­vre leurs déci­sions.

Le pro­blème c’est que ce sont les bureaux natio­naux de ces même syn­di­cats étudiants arguant d’une légi­ti­mité fan­to­che qui dis­pen­sè­rent la parole de tou-te-s dans les médias et occultè­rent du même fait la force de la coor­di­na­tion natio­nale en lutte.

Mais dans les établissements en lutte, la lutte aura été auto­gé­rée de bout en bout ce qui nous aura per­mis de maî­tri­ser notre mou­ve­ment. Il ne fau­dra cepen­dant jamais oublier que c’est au prix d’un rap­port de force cons­tant entre les AG et les petits ego qui vou­draient avoir plus de poids que les autres, que cette auto­ges­tion est ren­due pos­si­ble.

A l’inverse, sur la ques­tion de l’auto­no­mie, faute de n’avoir su dire merde aux admi­nis­tra­tions, le mou­ve­ment s’est esquinté. À Lille 3, c’est au moment où la pré­si­dence de la fac a dépos­sédé l’AG de lutte de l’orga­ni­sa­tion des votes quant à la reconduc­tion des blo­ca­ges, que les amphis se sont vidés. Sous des faux airs de copi­nage et sous le pré­texte de nous ser­vir de cau­tion démo­cra­ti­que, l’admi­nis­tra­tion a délé­gi­timé l’AG de lutte, et lui a retiré son auto­no­mie poli­ti­que. Ce n’est pour­tant pas la pré­si­dence qui tenait les bar­ri­ca­des !

Le pré­si­dent de la fac se trans­for­mait même en modé­ra­teur géné­ral au cours de la toute der­nière AG, soit ce fut de loin la plus hou­leuse, mais quand même ! L’AG qui sem­blait capa­ble de pré­ve­nir les coups de for­ces venus de l’inté­rieur fut tota­le­ment décré­di­bi­li­sée par ce véri­ta­ble put­sch à l’encontre d’une orga­ni­sa­tion hori­zon­tale sou­dain subor­don­née au bon vou­loir de l’admi­nis­tra­tion… Pas très sub­ver­sif tout ça ! A croire qu’on était là grâce à l’auto­ri­sa­tion de Papa ! Mais le bou­gre n’avait pas le choix ! Sa fac était occu­pée et, comme il l’expli­qua par la suite dans une belle let­tre adres­sée à tout les étudiant-e-s, il lui était impos­si­ble de se résou­dre à faire inter­ve­nir les for­ces de l’ordre bour­geois. Nous n’avions pas à faire des cour­bet­tes à la moin­dre de ses "faveurs" !

Du même coup les étudiant-e-s ne se poin­taient plus que sur indi­ca­tion expresse du site Internet de l’uni­ver­sité, se désin­té­res­sant dans le même temps de toute la vie interne au mou­ve­ment (ou en en igno­rant pure­ment et sim­ple­ment l’exis­tence, cer­tains des 20 000 étudiant-e-s de la fac n’étant bel et bien jamais pas­sés par les AG…), de ses évolutions, de ses reven­di­ca­tions, en octroyant une confiance aveu­gle à leur télé pour se tenir au cou­rant…

Pour preuve, les poi­gnées d’étudiant-e-s venu-e-s dès l’annonce du retrait du CPE, l’après-midi du 10 avril, deman­der « quand est-ce que les cours allaient repren­dre main­te­nant que nos reven­di­ca­tions étaient satis­fai­tes »… Pour preuve encore, lors de la der­nière AG, avant que la ces­sa­tion des hos­ti­li­tés ne soit tota­le­ment sif­flée un "anti-blo­cage" qui ose sor­tir « Je ne savais pas que les déci­sions se pre­naient ici… »…Ça fait froid dans le dos…

Gare à la revanche !

Les mili­tant-e-s du moment en tout cas ne se vola­ti­li­sent pas du jour au len­de­main et la lutte se pour­suit mal­gré les déblo­qua­ges et la "vic­toire" obte­nue avec le retrait du CPE.

A com­men­cer par la conti­nuité logi­que d’un mou­ve­ment dure­ment réprimé (4350 inter­pel­la­tions en tout), le sou­tien aux inter­pellé-e-s et à ceux et cel­les qui com­pa­rais­sent devant les juges de l’État ou sont vic­ti­mes de sa jus­tice expé­di­tive.

Déjà près de 70 pei­nes de pri­son ferme, et on ne compte plus les amen­des, les heu­res de TIG, les pei­nes avec sur­sis et pério­des pro­ba­toi­res en tous gen­res ainsi que le fichage infor­ma­ti­que et les sanc­tions admi­nis­tra­ti­ves dans les établissements sco­lai­res pour bon nom­bres d’inter­pellé-e-s…Bref tout un arse­nal juri­di­que des­tiné à bri­ser les actes de rébel­lion. Sur Lille, syn­di­cats, par­tis et asso­cia­tions se sont orga­ni­sés en col­lec­tif de sou­tien, amas­sant des fonds pour payer les amen­des et les avo­cats et orga­ni­sant des ras­sem­ble­ments de sou­tien pour les inter­pellé-e-s...

Loin des feux média­ti­ques, la lutte ne s’arrête jamais pour les vic­ti­mes de la jus­tice bour­geoise tan­dis que les flics reçoi­vent leur feuille de paye et les cares­ses de Sarkozy pour avoir bra­ve­ment matra­qué.

A l’échelle natio­nale, ce qui reste de la coor­di­na­tion étudiante et lycéenne main­tient des réu­nions en trans­po­sant son champ d’action poli­ti­que à des com­bats plus lar­ges, autour de com­bats sociaux et tou­jours sur une base auto­ges­tion­naire.

Elle réa­lise un tra­vail de déco­dage et de sen­si­bi­li­sa­tion autour des pro­jets de loi du moment comme le très liber­ti­cide CESEDA ou le très sécu­ri­taire pro­jet de loi sur la pré­ven­tion de la délin­quance qui, para­doxa­le­ment, ne sus­ci­tent pas foule de réac­tions….

Mais les échanges sont conti­nuels à l’inté­rieur de l’impres­sion­nant réseau de contacts et de connais­san­ces qui ont pu être tis­sés en deux mois. La vigi­lance est col­lec­tive…

A la faveur d’un tra­vail en com­mun avec des étudiant-e-s euro­péen-ne-s, notam­ment alle­mand-e-s, la coor­di­na­tion édite régu­liè­re­ment des tracts en dif­fé­ren­tes lan­gues et a monté début juin der­nier à Strasbourg, la pre­mière coor­di­na­tion euro­péenne contre la pré­ca­rité.

Son appel à pour­sui­vre une lutte deve­nue quo­ti­dienne s’affirme de plus en plus comme anti-capi­ta­liste et il se mur­mure que le pro­chain temps fort serait autour d’Avignon, cou­rant Juillet… La résis­tance s’orga­nise tou­jours de plus belle !

Localement, l’AG de quar­tier de Moulins est une ini­tia­tive d’étudiant-e-s de Lille 2. Elle est des­ti­née à met­tre en place une orga­ni­sa­tion col­lec­tive et auto­ges­tion­naire à l’échelle du quar­tier, avec voi­sin-e-s, ami-e-s, jeu­nes moins jeu­nes, poli­tisé-e-s, moins poli­tisé-e-s…

L’idée est de démon­trer une fois de plus et par des ren­dez-vous régu­liers que même et sur­tout en dehors des lut­tes, nos vies nous appar­tien­nent et que les pro­fes­sion­nel-le-s de la poli­ti­que n’ont aucune légi­ti­mité pour venir y faire leur loi. L’AG de quar­tier compte déjà à son actif plu­sieurs repas de quar­tier sur la place Vanhoenacker et ne compte pas en res­ter là.

Enfin, la métro­pole lil­loise compte depuis fin avril un nou­veau groupe liber­taire réu­nis­sant des jeu­nes et moins jeu­nes issu-e-s de la lutte autour de pra­ti­ques égalitaires et révo­lu­tion­nai­res… bon cou­rage donc et lon­gue vie à Zéro de Conduite !

La route est longue jusqu’à la révolution sociale !

Les leçons du mou­ve­ment sont nom­breu­ses et la pre­mière c’est que déci­dé­ment, l’heure n’est pas encore venue d’en décou­dre avec l’union sacrée des poli­ti­cien-ne-s et des patron-ne-s dont la com­pli­cité a une nou­velle fois sauté aux yeux avec la loi sur l’égalité des chan­ces. Trop peu de monde est prêt à ris­quer de per­dre une par­tie de ses inté­rêts (salaire, sécu­rité de l’emploi...). Ça peut se com­pren­dre, mais en atten­dant les patron-ne-s conti­nuent d’accroî­tre leurs pro­fits à la faveur d’une dégrin­go­lade conti­nuelle en matière d’acquis sociaux : droit du tra­vail, liberté de cir­cu­la­tion, droit au loge­ment, droit à l’éducation, ser­vi­ces publi­ques…

Tout les aspects de nos vies devien­nent pré­texte à déga­ger du béné­fice pour ces cha­ro­gnard-e-s en cos­tard cra­vate, tou­jours au nom de la sacro-sainte crois­sance économique qu’un matra­quage idéo­lo­gi­que tend à iden­ti­fier comme béné­fi­que pour tou-te-s mais qui ne pro­fite réel­le­ment qu’aux patron-ne-s. Le capi­ta­lisme mon­tre alors son vrai visage en matière d’emploi : chan­tage à la délo­ca­li­sa­tion pour impo­ser des contrats de merde (ce sera tou­jours mieux que rien !) et asseoir un peu plus la domi­na­tion sala­riale, recours à une main d’œuvre klee­nex réduite à l’escla­vage et à une immi­gra­tion jeta­ble pour tous les sec­teurs non délo­ca­li­sa­bles (hôtel­le­rie, bâti­ment…). Et pour com­bat­tre le chô­mage, on raie des lis­tes de l’ANPE et on recrute des bidas­ses !

Dans ce com­bat contre la pré­ca­rité, le CPE ne fut en fait que la face visi­ble des abou­tis­se­ments de la logi­que patro­nale. "Précarité" rime avec « flexi­bi­lité » qui rime elle-même avec "com­pé­ti­ti­vité" qui rime enfin avec "pro­fi­ta­bi­lité". Voilà en qua­tre mots la défi­ni­tion du tra­vail sala­rié depuis plus de 200 ans, avec à la pre­mière extré­mité le tur­bin et la galère à vie pour le tra­vailleur-se-s et à l’autre bout les poches des patron-ne-s, pro­prios, ban­quier-ère-s et action­nai­res…

Toutes les ini­tia­ti­ves pour pour­sui­vre la lutte résul­tent d’une seule et même convic­tion : le chan­ge­ment social ne vien­dra que de nous-mêmes et l’iso­loir n’y pourra rien. Son seul rôle, ce sera de bri­ser nos grè­ves pour aller nous faire élire un-e autre gugusse avec qui la pilule sera moins dure à ava­ler. Il est temps de repren­dre nos vies en main.

Face à ceux et cel­les qui nous inci­tent vive­ment à "pour­sui­vre" la lutte dans l’iso­loir à l’aube de la cam­pa­gne pes­ti­len­tielle de 2007, il y a juste à res­ter lucide. Dans le com­bat contre l’exploi­ta­tion sala­riale et le déclas­se­ment per­pé­tuel des tra­vailleur-euses-s, il reste tout à gagner. Et ce n’est pas avec les "armes" qu’on nous jette, que l’on abat­tra le vieux sys­tème de la domi­na­tion de classe.

A nous d’être inventif-ve-s, actif-ve-s, offensif-ve-s !


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