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Italie 2004 : le nouveau visage de la contre révolution préventive

mardi 24 février 2004


En 1921, l’anar­chiste ita­lien Luigi FABBRI écrivait dans La Contre Révolution Préventive : "La bour­geoi­sie n’a pas réussi à affai­blir le pro­lé­ta­riat par le moyen indi­rect de la guerre (...) mais se pro­met d’y réus­sir main­te­nant par la tri­ple action com­bi­née de la vio­lence illé­gale fas­ciste, de la répres­sion légale gou­ver­ne­men­tale, et de la pres­sion économique due au chô­mage, en par­tie iné­vi­ta­ble mais en par­tie pro­vo­quée déli­bé­ré­ment pour pas­ser la corde au cou des ouvriers."

Un spec­tre hante l’Italie de Berlusconi : l’Anarchisme. Dans un contexte de radi­ca­li­sa­tion des lut­tes socia­les, les chiens de garde de la bour­geoi­sie, médias et for­ces répres­si­ves, n’ont cessé ces der­niers mois de hur­ler contre la menace "anar­cho-insur­rec­tion­na­liste". A l’ori­gine de leur émoi, une série de let­tres pié­gées envoyées à une poi­gnée d’EuroTechnocrates tel Romano Prodi (pré­si­dent de la Commission Européenne) ainsi que quel­ques pou­bel­les incen­diées devant des lieux sym­bo­li­ques. Avec la dili­gence toute par­ti­cu­lière d’un corps rompu aux pires mani­pu­la­tions, la police a rapi­de­ment iden­ti­fié les "res­pon­sa­bles" de cette série de pétards mouillés non meur­triers : une mys­té­rieuse "Fédération Anarchiste Informelle" dont le sigle est par mal­saine coïn­ci­dence (?) le même que celui de notre homo­lo­gue la Fédération Anarchiste Italienne. Que cette "F.A.Informelle" soit un mon­tage des ser­vi­ces spé­ciaux ou non, le résul­tat est le même : dési­gner à la repres­sion des cama­ra­des qui sont des pro­ta­go­nis­tes acti­vEs du mou­ve­ment social. "Gratuit ou rétri­bué, c’est un sale bou­lot.", un bou­lot de flic ou de col­labo...

L’Italie a sou­vent été par le passé un labo­ra­toire pour tou­tes les for­mes de mani­pu­la­tion, inti­mi­da­tion, pro­vo­ca­tion, répres­sion et ter­ro­risme d’Etat. Dans les années 1970, appli­quant la "stra­té­gie de la ten­sion" mise au point conjoin­te­ment entre ser­vi­ces secrets ita­liens et amé­ri­cains (OTAN oblige), le gou­ver­ne­ment ita­lien réprima avec la plus grande féro­cité un puis­sant et auto­nome mou­ve­ment de contes­ta­tion sociale. L’opé­ra­tion "Gladio" qui com­por­tait l’infil­tra­tion des grou­pes de gau­ches par des fas­cis­tes et une cam­pa­gne d’atten­tats poussa le mou­ve­ment social à l’auto­dé­fense, entraî­nant une frac­tion de celui-ci vers le ter­rain d’affron­te­ment choisi par l’Etat : la lutte armée. Ainsi le Ministère de l’Intérieur reconnaît main­te­nant que 65% des actes de vio­lence impu­tés entre 1969 (Piazza Fontana de Milan, 16 morts) et 1980 (Gare de Bologne à Rome, 81 morts) aux anar­chis­tes et à l’extême-gau­che étaient le fait de grou­pus­cu­les fas­cis­tes. Mais à l’époque, ils ser­vi­rent sur­tout de pré­texte à une cri­mi­na­li­sa­tion mas­sive du mou­ve­ment social : rafles, per­qui­si­tions et lois répres­sive d’urgence (comme le prin­cipe de "conti­guïté" per­met­tant d’accu­ser toute per­sonne liée à un groupe sup­posé "vio­lent" de "ter­ro­risme" et "insur­rec­tion armée contre l’Etat")... 24 000 mili­tan­tEs furent empri­son­néEs, 60 000 sou­mi­sES à des pro­cé­du­res judi­ciai­res.

Il n’est pas étonnant que les anar­chis­tes aient été accu­sés à tort des atten­tats de 1969 et 1980. Suivant les décla­ra­tions d’un repenti néo-fas­ciste employé à l’époque par les ser­vi­ces secrets : "On me fai­sait clai­re­ment enten­dre que les anar­chis­tes n’avaient rien à voir et qu’ils avaient été pris comme boucs émissaires de cette situa­tion grâce au fait que par leurs anté­cé­dents de jeteurs de bom­bes, une accu­sa­tion de ce genre serait cré­di­ble, mais qu’en réa­lité les atten­tats de Milan et Rome avaient été pen­sés et com­mis­sion­nés en haut lieu". Mais l’Etat n’hési­tera pas à étendre le sort qu’il réserve à ses plus irré­duc­ti­bles enne­mis à qui­conque vou­drait s’oppo­ser aux inté­rêts de la classe domi­nante, comme le mon­tre la sau­va­ge­rie qu’il a déployée lors des mani­fes­ta­tions de Gênes en 2001. Confronté à nou­veau à un mou­ve­ment social qui a pu régu­liè­re­ment mobi­li­ser ces der­niè­res années plus d’un mil­lion de per­son­nes dans les rues contre sa poli­ti­que et qui n’hésite plus à se pas­ser des syn­di­cats coges­tion­nai­res et à renouer avec la pra­ti­que de la grève "sau­vage", le gou­ver­ne­ment Berlusconi mon­tre les dents. Qui croit-il impres­sion­ner ?


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