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Charters

Ça plane pour Sarkozy

vendredi 9 mai 2003


Depuis la fin février, près de 450 per­son­nes ont dû quit­ter le ter­ri­toire fran­çais à bord de vols grou­pés vers la Roumanie, la Chine, le Mali, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire.

Un mois après la reprise de ces vols grou­pés, Nicolas Sarkozy, conforté par le silence de la "Gauche" par­le­men­taire, annon­çait que les expul­sions par char­ter allaient attein­dre un rythme heb­do­ma­daire. Le tout en pro­fi­tant de l’hys­té­rie guer­rière orches­trée avec l’appui les médias pour anes­thé­sier l’opi­nion publi­que.

Un charter qui décolle c’est Le Pen qui rigole

Interrompues en 1996 sous la pres­sion des mobi­li­sa­tions autour des sans papiers de Saint Bernard, les expul­sions par char­ter ont pu repren­dre cette année à la faveur d’un cli­mat raciste et sécu­ri­taire attisé par les médias et mis en œuvre avec un zèle inouï par Sarkozy, pre­mier flic de France. Celui qui s’est auto­pro­clamé « meilleur rem­part contre l’extrême-droite » ne fait qu’appli­quer le pro­gramme xéno­phobe de Jean-Marie Le Pen et consorts dont les détails font régu­liè­re­ment pous­ser des cris d’indi­gna­tion à tous les har­dis défen­seurs de la République. Le pré­si­dent du FN par­lait de camps et de char­ters pour les sans papiers : les char­ters sont de retour. Quant aux camps, ils ont tou­jours existé sous la droite comme sous la gau­che : ce sont les cen­tres de réten­tion où les sans papiers sont pla­cés dans l’attente de leur expul­sion, ce sont les zones d’attente où se retrou­vent tou­jours plus nom­breux-ses cel­les et ceux dont l’entrée même sur le ter­ri­toire est refu­sée.

En 2 mois (du 26/02 au 25/04) le Ministère de l’Intérieur a expulsé par vols grou­pés près de 450 per­son­nes. Parmi elles une majo­rité étaient des non-admis (Chinois, Maliens, Sénégalais, Ivoiriens, Nigérians, Roumains). Interceptés dans la zone inter­na­tio­nale de Roissy, le dépôt d’une demande d’asile leur a été refusé, le fonc­tion­naire de l’OFPRA jugeant leur demande mani­fes­te­ment infon­dée après quel­ques minu­tes d’entre­tien. Sur quels cri­tè­res ? Sûrement pas ceux des situa­tions indi­vi­duel­les qui cor­res­pon­drait pour­tant à la poli­ti­que du cas par cas affi­chée par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs.

Transféré-e-s mas­si­ve­ment en zone d’attente, ils et elles ont contri­bué au dépas­se­ment de la capa­cité d’accueil de ces lieux. Et c’est cette sur­po­pu­la­tion qui sert de pré­texte à la mul­ti­pli­ca­tion des char­ters. La bou­cle du refou­le­ment sys­té­ma­ti­que des étrangers est bou­clée.

À côté de ces non-admis se trou­vent des expulsé-e-s pour défaut de papiers. En par­ti­cu­lier des Roms ren­voyés en Roumanie où les attend une dis­cri­mi­na­tion qui est leur lot quo­ti­dien. Enfin, pen­dant qu’on parle des expul­sions col­lec­ti­ves, il ne faut pas oublier tous ceux et cel­les qui sont ren­voyé-e-s indi­vi­duel­le­ment, soit en avion, soit par bateau (vers le Maghreb) dont le nom­bre ne baisse pas et dont les condi­tions d’expul­sion ne sont pas plus accep­ta­bles. Les « expul­sions dans le res­pect de la dignité humaine » dont se tar­guent Sarkozy et son alliée la Croix Rouge, ça n’existe pas !

Enrayer la machine à expulser, c’est possible !

Pour par­ta­ger les frais finan­ciers et poli­ti­ques de ces opé­ra­tions, le gou­ver­ne­ment coo­père avec d’autres pays euro­péens dans sa poli­ti­que xéno­phobe : des Roms ont été expul­sés avec le concours de l’Espagne, des Africains avec celui de l’Allemagne, et on annonce de pro­chains vols orga­ni­sés avec la Grande Bretagne (pour des Afghans !). Différentes com­pa­gnies aérien­nes offrent leurs ser­vi­ces : Air France, Air Holland, Air Europa Lineas Aereas, Euralair Horizons et le voya­giste Fram... Tout comme les pas­sa­ger-e-s des vols com­mer­ciaux embar­quant des sans papiers, le per­son­nel navi­gant des com­pa­gnies a le droit de refu­ser de col­la­bo­rer à ces expul­sions. Certains syn­di­cats de per­son­nel navi­gant ont déjà pris posi­tion en ce sens. Sous la pres­sion des mobi­li­sa­tions anti-expul­sion leur offrant une très mau­vaise publi­cité, cer­tai­nes com­pa­gnies ont renoncé à ces vols, comme Lufthansa.

Des pays de réad­mis­sion ont dû réa­gir face à la mobi­li­sa­tion de leurs opi­nions publi­ques. C’est le cas du Mali vers lequel il n’y a plus aucune expul­sion directe depuis qu’un avion a été détruit en 1996 sur la piste de l’aéro­port de Bamako. Cela aurait pu être le cas du Sénégal, mais le Premier Ministre Abdoulaye Wade a annoncé en guise de réac­tion à la mobi­li­sa­tion que la police séné­ga­laise vien­drait désor­mais elle-même récu­pé­rer ses res­sor­tis­sants non-admis en France.

La machine à expul­ser peut être enrayée. Il faut sim­ple­ment ouvrir des brè­ches par­tout où c’est pos­si­ble : har­ce­ler les entre­pri­ses qui col­la­bo­rent, deman­der à leurs sala­riés de se posi­tion­ner, refu­ser le décol­lage quand on est sim­ple usa­ger-e, dénon­cer et ten­ter d’empê­cher tou­tes les expul­sions.

Contre l’Europe des Charters, abolition des frontières !

Retours groupés sur des vols affrétés spécialement (Charters) :
- 03/03 : 24 Sénégalais et 30 Ivoiriens, non-admis ; Euralair Horizons
- 20/03 : 47 Sénégalais et 8 Maliens, non-admis ; Euralair Horizons
- 25/03 : 10 Sénégalais et 55 Ivoiriens, non-admis ; Euralair Horizons-Fram
- 27/03 : 70 Roumains, séjour irrégulier ; Air Europa Lineas Aereas
- 05/04 : 33 Sénégalais et 28 Ivoiriens, non-admis ; Air Holland
- 23/04 : 11 Nigérians, 26 Sénégalais et 18 Ivoiriens, non-admis ; Euralair Horizons.

Retours groupés sur des vols commerciaux :
- 26/02 : 15 Chinois, non-admis
- 05/03 : 17 Chinois, non-admis
- 12/03 : 25 Chinois, non-admis
- 02/04 : 21 Roumains, non-admis


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