Accueil du site > La Sociale > 30 (novembre 2009) > Calais : mobilisation sans frontières

Calais : mobilisation sans frontières

samedi 21 novembre 2009


Organisé par des mili­tan­tEs fran­çai­sES, bel­ges et bri­tan­ni­ques, le camp NoBorder a réuni jusqu’à 500 per­son­nes à Calais fin juin. Pour le col­lec­tif orga­ni­sa­teur, il s’agis­sait de faire par­ler au maxi­mum de la situa­tion des réfu­giéEs à Calais, de faire pro­gres­ser le mot d’ordre de liberté de cir­cu­la­tion et d’ins­tal­la­tion, et de mobi­li­ser dura­ble­ment des mili­tan­tEs sur ce sujet à Calais.

Les flics, encore et toujours

L’orga­ni­sa­tion et la mobi­li­sa­tion pour le camp ont été très per­tur­béEs par une pré­sence poli­cière inouïe : on a parlé de plus de 3.000 flics et bidas­ses en tous gen­res, munis de leur impres­sion­nant atti­rail de guerre. Les par­ti­ci­pan­tEs ont été sys­té­ma­ti­que­ment contrô­léEs et fouilléEs aux abords du camp, sou­vent à plu­sieurs repri­ses. Tout dépla­ce­ment hors du camp était hyper sur­veillé, et beau­coup se sont retrou­véEs immo­bi­li­séEs sans rai­son par les flics pen­dant des heu­res juste pour s’être trou­véEs dans la rue. Il fal­lait abso­lu­ment jus­ti­fier le déploie­ment sécu­ri­taire et la pro­pa­gande média­ti­que nous annon­çant comme une nuée de cri­quets venue rava­ger la ville. Alors, toute dis­tri­bu­tion de tracts en ville deve­nait une course-pour­suite, et l’une d’entre elles s’est conclue par un pro­cès (audience repor­tée en février, l’accu­sa­tion ayant eu peur du ridi­cule). La manif pré­vue le samedi 27 juin s’est retrou­vée pri­son­nière d’un incroya­ble tracé imposé par la pré­fec­ture, qui can­ton­nait le défilé à de grands bou­le­vards déserts et les occa­sions de croi­ser des CalaisienNEs y ont été bien rares. D’ailleurs les flics ont empê­ché des réfu­giéEs et des habi­tan­tEs de Calais d’y par­ti­ci­per, ce que la presse a tra­duit par :”Les réfu­giés ne se sen­tent pas concer­nés par la manif des NoBorder”.

La répres­sion autour du camp n’a donc per­mis qu’une acti­vité “publi­que” limi­tée, et les actions direc­tes pré­pa­rées n’ont guère pu avoir lieu. Un groupe de mili­tan­tEs a quand même réussi à sur­pren­dre les bleus en blo­quant pen­dant quel­ques heu­res au petit matin le cen­tre de réten­tion de Lille-Lesquin ; un autre cama­rade s’est collé les mains aux por­tes de la mai­rie avec l’ins­crip­tion “Bouchart, des dou­ches pour les migrants !” dans le dos, d’autres ont briè­ve­ment blo­qué l’auto­route. Du coup, l’acti­vité des per­son­nes pré­sen­tes s’est un peu repliée sur l’inté­rieur du camp et sur le contact avec les réfu­giéEs de Calais. Dif­fé­rents ate­liers ont été orga­ni­sés en plu­sieurs lan­gues, des films ont été pro­je­tés (docu­men­tai­res sur les migra­tions, films réa­li­sés dans les pays d’ori­gine des migran­tEs). Nous avons réussi à nouer de vrais liens avec les réfu­giéEs qui ont par­tagé nos repas et nos dis­cus­sions, mais aussi avec de nom­breu­seux habi­tan­tEs du quar­tier. Beau­coup ont vite laissé tom­ber leurs pré­ju­gés sur les migran­tEs et rejeté le bara­tin média­ti­que pour pas­ser du temps en notre com­pa­gnie et décou­vrir que l’Autre n’est pas tou­jours celui que le pou­voir nous décrit.

Le début d’une mobilisation

Au-delà de ces ren­contres enri­chis­san­tes, le Camp a été l’occa­sion pour beau­coup de venir à Calais pour la pre­mière fois et d’y décou­vrir la réa­lité : des cen­tai­nes de réfu­giéEs vivant dans des condi­tions plus que sor­di­des, un har­cè­le­ment cons­tant et par­ti­cu­liè­re­ment vio­lent du pou­voir et de sa police, pas grand monde pour lut­ter contre cette répres­sion, tant sur le ter­rain que de manière plus “poli­ti­que”. Et comme pro­mis (contrai­re­ment à ce que beau­coup annon­çaient), le réseau NoBorder ne s’est pas vola­ti­lisé de Calais une fois le camp rem­ballé. 

Plusieurs réu­nions inter­na­tio­na­les ont eu lieu depuis début juillet, et des mili­tan­tEs sont pré­sen­tEs en pema­nence sur le ter­rain depuis. D’abord au cam­ping puis dans un local (tou­jours dis­po­ni­ble), les mili­tan­tEs NoBorder de toute l’Europe ont conti­nué depuis 5 mois à sou­te­nir les migran­tEs dans leur volonté de vivre cor­rec­te­ment à Calais en atten­dant de fran­chir la Manche, à sur­veiller les agis­se­ments des flics (et sou­vent à les empê­cher), à essayer de tra­vailler à la fois avec les asso­cia­tions loca­les et avec les mili­tan­tEs plus éloignéEs, notam­ment en infor­mant sur l’évolution de la situa­tion sur place. L’orga­ni­sa­tion du Camp a eu une réson­nance très impor­tante en France et inter­na­tio­na­le­ment : en Grande-Bretagne, pre­sonne ne par­lait de Calais aupa­ra­vant, aujourd’hui le sujet est sur tou­tes les lèvres.

Diverses actions ont eu lieu : inter­ven­tion auprès de Natacha Bouchart (maire de Calais) le soir du 14 juillet, affi­cha­ges en ville, inter­ven­tion pen­dant la com­mé­mo­ra­tion de la libé­ra­tion de Calais, ban­de­ro­les sur les auto­rou­tes, cade­nas­sage du por­tail du cen­tre de réten­tion de Coquelles, et d’autres...

Un rapport de force inégal

La mobi­li­sa­tion de NoBorder n’a pas réussi à entraî­ner beau­coup de CalaisienNEs dans son sillage, et le rap­port de force reste très iné­gal. Pen­dant toute cette période, le pou­voir a tenu bon dans ses posi­tions fas­ci­san­tes : har­cè­le­ment des migran­tEs, aucune conces­sion pour l’hygiène ou la santé, expul­sions de squats et des­truc­tion des affai­res... jusqu’à l’évacuation média­ti­que de la “jun­gle” des pach­tou­nes et des autres “jun­gles” plus peti­tes. Les mili­tan­tEs pré­sen­tEs n’ont pas pu faire beau­coup plus que pho­to­gra­phier, fil­mer, gueu­ler, trans­met­tre l’info et aider maté­riel­le­ment les vic­ti­mes de la répres­sion.

Ce pas­sage d’infor­ma­tions a per­mis de main­te­nir infor­mées les per­son­nes inté­res­sées dans toute l’Europe, mais également d’élargir la mobi­li­sa­tion. Les mani­fes­ta­tions à Lille-Lesquin les mardi 6 et 20 octo­bre, orga­ni­sées en urgence contre l’annonce de char­ters franco-bri­tan­ni­ques vers l’Afghanistan, ont été des suc­cès numé­ri­ques et média­ti­ques. S’ils ont fait enten­dre la voix de cel­les et ceux qui lut­tent contre tou­tes les expul­sions et pour la liberté de cir­cu­la­tion et d’ins­tal­la­tion, ces ras­sem­ble­ments n’ont pas pu empê­cher le décol­lage du pre­mier char­ter franco-bri­tan­ni­que vers Kaboul depuis Roissy.

Et ensuite ?

Aujourd’hui le mou­ve­ment conti­nue à s’élargir, suite à ce qui n’était qu’une étape dans l’inter­na­tio­na­li­sa­tion de la lutte contre les fron­tiè­res. En Belgique, les cen­tres fer­més de Vottem, Merksplas et Bruges ont été blo­qués simul­ta­né­ment le 31 octo­bre, et les locaux d’une entre­prise par­ti­ci­pant à la cons­truc­tion d’un cen­tre ont été mis à sac une semaine plus tôt. Le 28 novem­bre, un ras­sem­ble­ment aura lieu à Calais pour tra­ver­ser la Manche en ferry et mani­fes­ter devant le cen­tre conjoint de ren­sei­gne­ment opé­ra­tion­nel franco-bri­tan­ni­que de Folkestone, qui vient d’être inau­guré.

La semaine qui suit, des ras­sem­ble­ments et actions de pro­tes­ta­tion auront lieu à Bruxelles pen­dant la réu­nion des minis­tres de l’inté­rieur et de la jus­tice de l’Union Européenne (30 novem­bre et 1er décem­bre) qui pré­sen­te­ront le “Programme de Stockholm” concer­nant les poli­ti­ques de fer­me­ture de l’Europe, élaboré sur la base de rap­ports pré­pa­rés par l’agence euro­péenne xéno­phobe Frontex. 

Encore une fois, nous appe­lons cha­cun et cha­cune à s’infor­mer sur la situa­tion à Calais, à s’y ren­dre pour aider les mili­tan­tEs sur place et à lut­ter sur tous les fronts contre les poli­ti­ques migra­toi­res !

plus d’info : http://lille.indy­me­dia.org
http://calais­mi­grant­so­li­da­rity.word...
contact sur place : 06-34-81-07-10


Site réalisé avec SPIP | Suivre la vie du site RSS 2.0 | squelette | | Plan du site | 2002-2012 | logo Lautre | Background Labs