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Metaleurop

Leur profit détruit nos vies !

samedi 8 février 2003


« Le conseil d’admi­nis­tra­tion de Metaleurop S.A. (Metaleurop), réuni le 16 jan­vier 2003, a décidé de ne pas octroyer de nou­veaux finan­ce­ments (prêts) à sa filiale Metaleurop Nord (Noyelles-Godault.) Cette déci­sion a été prise afin d’assu­rer la sta­bi­lité finan­cière du Groupe Metaleurop.
Compte tenu des per­tes cumu­lées de 2001 et 2002 de Metaleurop Nord qui sont esti­mées à 97 mil­lions d’euros, une impor­tante restruc­tu­ra­tion de Metaleurop Nord a été ini­tiée au mois de juillet 2002. […]
Le conseil d’admi­nis­tra­tion de Metaleurop S.A. a cons­taté que Metaleurop S.A. ne dis­po­sait pas des res­sour­ces finan­ciè­res suf­fi­san­tes pour la réa­li­sa­tion du plan de restruc­tu­ra­tion de Metaleurop Nord. En consé­quence le conseil d’admi­nis­tra­tion a conclu qu’il ne pou­vait pas four­nir ce finan­ce­ment à Metaleurop Nord ». Russ Robinson, le Président Directeur Général de Metaleurop S.A. rap­porte que "cette déci­sion a été dif­fi­cile à pren­dre" […]. »

16 jan­vier 2003 - Communiqué du conseil d’admi­nis­tra­tion de Metaleurop.

Difficile pour qui ? Pour les cinq mem­bres du conseil d’admi­nis­tra­tion de Metaleurop SA ? Pour le tra­der Glencore, mul­ti­na­tio­nale suisse qui pos­sède 33 % des actions de Metaleurop et du pou­voir de déci­der de l’ave­nir des 830 sala­riés du site ? Sûrement pas, puisqu’ils nous annon­cent un retour à la ren­ta­bi­lité de Metaleurop pour 2003 grâce à cette liqui­da­tion, et que la valeur de l’action a déjà repris 10 %.

Insolvabilité organisée

L’usine Metaleurop de Noyelles-Godault, his­to­ri­que­ment spé­cia­li­sée dans le trai­te­ment du plomb et du zinc, avait com­mencé, avant l’arri­vée de Glencore dans son capi­tal, une restruc­tu­ra­tion de sa pro­duc­tion pour l’adap­ter aux mar­chés actuels. Elle était deve­nue le pre­mier pro­duc­teur mon­dial de matiè­res uti­li­sées dans les fibres opti­ques, écrans plats, télé­pho­nes por­ta­bles. Glencore fait ces­ser cette pro­duc­tion jugée peu ren­ta­ble. Glencore impose les four­nis­seurs et les clients, qui sont sou­vent ses pro­pres filia­les. Ces contrats sont beau­coup plus chers, Glencore tou­che une com­mis­sion au pas­sage et oblige ses clients à ache­ter les mêmes pro­duits à ses filiè­res chi­noi­ses. Faute de clients, la ren­ta­bi­lité de l’usine est déjà condam­née.

L’été der­nier, le direc­teur est remer­cié 4 semai­nes après son arri­vée alors qu’il avait réussi à relan­cer la pro­duc­tion de plomb. Résultat jugé contraire aux inté­rêts finan­ciers de Glencore, qui cata­pulte à la tête de sa filiale du Pas-de-Calais le direc­teur tech­ni­que embau­ché 15 jours plus tôt.

Toujours trop coû­teux pour ses pro­prié­tai­res, Metaleurop annonce en juillet 2002 un plan de restruc­tu­ra­tion pré­voyant 265 sup­pres­sions d’emploi. Aujourd’hui que la délo­ca­li­sa­tion des acti­vi­tés dans les pays aux condi­tions de tra­vail les plus moyen­âgeu­ses est prête, le plan de restruc­tu­ra­tion (coût estimé : 50 mil­lions d’euros) est trop coû­teux. Résultat : rideau à Noyelles-Godault.

L’État, pompier du patronat

L’usine, clas­sée Seveso 2, est res­pon­sa­ble d’une pol­lu­tion hal­lu­ci­nante dans le sec­teur, dénon­cée depuis 30 ans : oxy­des de sou­fre et d’azote, plomb, zinc, cad­mium dans l’air, l’eau et les sols. 45 km car­rés tou­chés, 60 000 per­son­nes concer­nées, plus de 80 enfants sont déjà condam­nés à mort par le satur­nisme. Et dire qu’on accuse les écolos d’avoir condamné l’entre­prise ! Y a-t-il un choix entre la pol­lu­tion et la misère ? En délo­ca­li­sant dans les pays pau­vres, les action­nai­res sont sûrs de pro­fi­ter des deux fléaux.

Maintenant qu’on sait à qui pro­fite le crime, il va fal­loir déci­der qui va payer. L’Autrement dit, jour­nal des patrons du Nord - Pas-de-Calais, a trouvé la solu­tion : « une mobi­li­sa­tion des pou­voirs publics, des col­lec­ti­vi­tés loca­les et ter­ri­to­ria­les » pour mener « une poli­ti­que de reconver­sion ». Une fois de plus, l’État, en bon allié du mar­ché, est appelé à la res­cousse par ceux-là mêmes qui l’accu­sent de frei­ner la sacro-sainte liberté d’entre­pren­dre. Le gou­ver­ne­ment est d’accord mais a décidé, le cou­teau entre les dents, de défier le Grand Capital en annon­çant des pour­sui­tes judi­ciai­res contre le groupe sur les ques­tions envi­ron­ne­men­ta­les. En enta­mant une pro­cé­dure judi­ciaire de plu­sieurs années contre un groupe étranger, rien de plus facile pour l’État que de se poser en défen­seur des ouvriers, comme eux impuis­sant devant la firme inter­na­tio­nale.

Seule la lutte paiera

Les sala­rié-e-s, en tout cas, ne sont pas dupes. Ils savent qu’ils ne peu­vent comp­ter que sur leurs pro­pres for­ces. Ils et elles ont d’abord cons­ti­tué leur tré­sor de guerre en blo­quant les expé­di­tions, puis menacé de déver­ser du chlore dans la Deûle pour assu­rer au moins leurs paies de jan­vier et février.
Comme pour les ouvrier-ère-s de Daewoo à Mont-Saint-Martin, ceux de Cellatex à Givet, la menace sur la santé col­lec­tive sem­ble être deve­nue le seul moyen pour faire réa­gir ceux d’en face.

Ils savent que la soli­da­rité sera leur meilleure arme, comme les employé-e-s de Testut à Béthune, qui occu­pent leur usine depuis le 8 jan­vier pour obte­nir 50 000 euros de prime de licen­cie­ment. Comme les 423 de Sollac Biache qui ont obtenu après 3 ans de lutte leur reclas­se­ment. Comme les sala­rié-e-s de Lu qui refu­sent la trans­for­ma­tion de leur usine en un cen­tre de télé­mar­ke­ting où ils n’auraient pas leur place et envi­sa­gent de repren­dre l’usine en créant une Société Coopérative de Production (solu­tion reje­tée par la mai­son mère qui a pré­féré un autre sous-trai­tant).

Dans tou­tes ces entre­pri­ses, c’est l’accom­plis­se­ment iné­vi­ta­ble et fla­grant de la logi­que capi­ta­liste qui est à l’œuvre : après avoir vu leur santé bou­sillée par le tra­vail et la pol­lu­tion, ouvrier-ère-s et habi­tant-e-s sont aban­donné-e-s à leur sort et d’autres se font exploi­ter ailleurs ! Marées noi­res, fer­me­tu­res d’usine, même com­bat pour la ren­ta­bi­lité capi­ta­lis­ti­que, mêmes vic­ti­mes !


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