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Afghans : un Charter de Moins

mercredi 17 décembre 2008


Début novem­bre, nous appre­nions l’immi­nence d’un char­ter com­mun entre les Etats fran­çais et bri­tan­ni­que à des­ti­na­tion de Kaboul. Pressé de ques­tions, le minis­tre Hortefeux a fini par cra­cher que la France "réflé­chis­sait" à cette pro­po­si­tion du Royaume-Uni. En fait de réflexion, le pro­jet était sûre­ment bien avancé puis­que la chasse à l’Afghan avait été décré­tée à Calais quel­ques jours plus tôt : plus d’une cin­quan­taine étaient au cen­tre de réten­tion (CRA) de Coquelles, alors que tou­TEs les res­sor­tis­san­tEs d’autres natio­na­li­tés étaient relâ­chéEs.

Une mobi­li­sa­tion mul­ti­forme s’est mise en branle en quel­ques jours. A Calais, les mili­tan­tEs se réu­nis­saient cha­que soir devant le CRA de Coquelles, cer­tai­nEs veillant toute la nuit pour sur­veiller les allées et venues et com­mu­ni­quer en direct avec les rete­nus, d’autres leur ren­daient des visi­tes quo­ti­dien­nes dans le cen­tre. A Lille, plu­sieurs ras­sem­ble­ments ont eu lieu dans le cen­tre-ville et des mili­tan­tEs ont fait le lien entre les deux vil­les. A Paris également, des ras­sem­ble­ments de sou­tien ont été orga­ni­sés. La presse a été har­ce­lée à coups de com­mu­ni­qués, des "per­son­na­li­tés" ont pris posi­tion, une plainte a été dépo­sée devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) car la Convention Européenne des Droits de l’Homme inter­dit les expul­sions col­lec­ti­ves. Enfin, à Londres, des mili­tan­tEs ont tenu un piquet devant l’Office du Tourisme fran­çais. Des actions direc­tes étaient également envi­sa­gées si le char­ter – qui devait décol­ler de Lesquin - s’était maté­ria­lisé plus avant.

La CEDH comme arbitre ?

Tout ce ram­dam a fina­le­ment abouti à l’aban­don par les auto­ri­tés fran­çai­ses de ce char­ter com­mun. Dans son com­mu­ni­qué le sinis­tre Ministère de l’Identité Nationale invo­que des com­pli­ca­tions juri­di­ques. En effet, la CEDH a bien demandé à la France de ne pas réa­li­ser cette expul­sion. Pas un mot bien sûr à pro­pos de la mobi­li­sa­tion impor­tante de nom­breu­ses asso­cia­tions, grou­pes, indi­vi­duEs révol­téEs par ce pro­jet cyni­que. Bien sûr ! Il est plus facile à un gou­ver­ne­ment de reconnaî­tre qu’il s’est plié – même à contre-coeur - à une "léga­lité" dont il est le pro­duc­teur plu­tôt qu’à des braillar­dEs de notre espèce. Et pour­tant, il est évident que cette mobi­li­sa­tion a pesé lourd dans la balance. Cela aurait tout de même fait désor­dre que tout le monde sache que la France ren­voyait mas­si­ve­ment des per­son­nes dans un pays où elle-même fait la guerre depuis 7 ans et où la "sécu­rité" est loin d’être assu­rée. Il fal­lait donc éviter que la presse ne s’empare de l’affaire. Les médias bour­geois n’ont pas vrai­ment mon­tré d’empres­se­ment à cou­vrir l’affaire et n’ont tres­sailli que pour nous annon­cer que Atiq Rahimi, le tout nou­veau prix Goncourt, s’était élevé contre ce char­ter. Il faut dire qu’ils étaient bien trop occu­pés à tra­quer le ter­ro­riste en Corrèze et à aider le PS à s’entre­dé­chi­rer, pour la grande joie de l’UMP au pou­voir.

Et maintenant ? On s’organise ?

Si cette affaire a donné lieu à une vraie mobi­li­sa­tion qui a eu des résul­tats, elle pose aussi beau­coup de ques­tions.

D’abord, est-ce une "vic­toire" ? Oui, le char­ter ne décol­lera pas de France et nous nous en réjouis­sons. Reste que les Afghans rete­nus en Angleterre ont appa­rem­ment bien été expul­sés, comme de nom­breux autres le sont régu­liè­re­ment par la per­fide Albion. Les AfghanEs en France n’obtien­nent tou­jours pas l’asile poli­ti­que faci­le­ment (31% des deman­des à l’OFPRA en 2007) et on ne les encou­rage pas à le deman­der. Ils et elles cons­ti­tuent tou­jours un gibier de choix pour occu­per les trop nom­breux effec­tifs de police à Calais par leur sta­tut ubues­que­ment flou de "non-régu­la­ri­sa­ble" et "non-expul­sa­ble". Comme d’ailleurs une bonne par­tie de la popu­la­tion venue échouer depuis le monde entier sur "nos" côtes : CongolaisEs, SoudanaisES, ErythréenNEs, PalestinienNEs, IrakienNEs...

Cette lutte, menée dans l’urgence, n’a pas été au-delà de la lutte contre CE char­ter. Il va fal­loir faire bien des efforts pour faire admet­tre que ce n’est pas seu­le­ment un char­ter-vers-l’Afghanistan-en-guerre que nous refu­sons, mais bien toute expul­sion. Personne n’émigre sans papiers pour le plai­sir. Que ce soit pour fuir la misère, la guerre, la dic­ta­ture ou les dis­cri­mi­na­tions, on fuit pour éviter le pire, et jamais de gaieté de coeur. Les obs­ta­cles à la cir­cu­la­tion et à l’ins­tal­la­tion des per­son­nes sont tels qu’il faut être aveu­gle pour ne pas le com­pren­dre ! On peut d’ailleurs se deman­der si ce pro­jet de char­ter n’avait pas valeur de test pour l’opi­nion : jusqu’où nous bat­trons-nous contre l’inac­cep­ta­ble ? Demain, la mobi­li­sa­tion sera-t-elle la même contre des expul­sions vers des pays répu­tés plus "sûrs" que l’Afghanistan (au hasard : Algérie, Chine, Mali ou Bangladesh...) ? La ques­tion se pose, mais nous pen­sons – puisqu’il faut par­ler stra­té­gie – que met­tre en lumière un cas extrême comme celui-ci per­met aux per­son­nes qui se sont mobi­li­sées pour la pre­mière fois de creu­ser un peu plus la ques­tion des "poli­ti­ques migra­toi­res"... Et de se ren­dre compte de leur cynisme dans cette acti­vité qui consiste à bri­ser des vies en expul­sant et en obli­geant des cen­tai­nes de mil­liers d’indi­vi­duEs à la clan­des­ti­nité et au tra­vail au noir.

Cette mobi­li­sa­tion a aussi mis en évidence la fai­blesse de la mobi­li­sa­tion dans le Calaisis en faveur des sans papiers. Les ras­sem­ble­ments devant le CRA n’ont réuni que quel­ques dizai­nes de per­son­nes. La popu­la­tion de Calais n’a pas été infor­mée par voie de trac­tage ou d’affi­chage, les syn­di­cats locaux n’ont pas remué un orteil. Nous pen­sons qu’on ne peut pas faire l’économie, dans la lutte contre les fron­tiè­res, d’un tra­vail de fond sur les ter­rains les plus concer­nés. Quoi de plus péni­ble que de cons­ta­ter l’indif­fé­rence de ceux et cel­les qui sont aux pre­miè­res loges ? Il est temps de repren­dre ce bou­lot mili­tant qui avait été entamé à l’époque de la fer­me­ture de Sangatte, et qui a depuis été aban­donné, lais­sant les assos huma­ni­tai­res pres­que seu­les à patau­ger dans leur soupe. Il est temps de met­tre en place, à Calais comme ailleurs, les outils de la lutte pour la liberté de cir­cu­la­tion et d’ins­tal­la­tion ! Il est temps d’emboî­ter les pas à nos cama­ra­des de Grande Bretagne, de Belgique et d’ailleurs pour nous orga­ni­ser de manière trans­fron­ta­lière. Voilà qui sera déjà un pre­mier pas dans la lutte contre les fron­tiè­res !

Des papiers pour touTEs ou plus de papiers du tout !

Liberté de circulation et d’installation !


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