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Logiques de Profit, Logiques de Mort

mercredi 17 décembre 2008


L’urgence écologique. Voilà un thème dont on nous rebat régu­liè­re­ment les oreilles depuis vingt cinq ans, sans pour autant que les véri­ta­bles maux du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que et des pol­lu­tions en tous gen­res soient mis au jour. Constaté depuis les années 50, le seul phé­no­mène du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que est aujourd’hui source des diag­nos­tics les plus alar­mants : fonte des gla­ces et aug­men­ta­tion du niveau des mers, dis­pa­ri­tion en l’espace d’un siè­cle des trois quarts du cou­vert fores­tier mon­dial, surex­ploi­ta­tion des sols, impact lourd sur les cli­mats et la bio­di­ver­sité, aug­men­ta­tion des ris­ques d’inon­da­tion et de séche­resse, accé­lé­ra­tion des pro­ces­sus de déser­ti­fi­ca­tion, migra­tions cli­ma­ti­ques et nou­vel­les sour­ces de pau­vreté, etc.

Pour autant, le cir­que “écologiste” grand-gui­gno­les­que de nos poli­ti­cien­NEs ne ras­sure per­sonne. Il relève plus de la mise en scène que d’autre chose. L’exem­ple fran­çais est pour cela très révé­la­teur : avec l’élection de Sarkozy et la créa­tion du minis­tère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement dura­ble et de l’Aménagement du Territoire, on a vu débar­quer le ponte Borloo au poste de n°2 du gou­ver­ne­ment, his­toire de mani­fes­ter une volonté d’action de l’État. Et en poli­ti­que publi­que, mani­fes­ter une volonté, c’est déjà beau­coup… faut pas trop en deman­der à l’appa­reil admi­nis­tra­tif. Et puis, il y a eu le Grenelle ! Ce magni­fi­que sou­ve­nir de la “réconci­lia­tion” répu­bli­caine post soixante-hui­tarde, que l’on res­sort pour met­tre tous les “par­te­nai­res sociaux” autour de la table. Histoire de para­che­ver le spec­ta­cle au par­le­ment, gau­che et droite réu­nies votent, main dans la main, un ensem­ble de mesu­res visant à trou­ver le juste équilibre entre réduc­tion des émissions de CO2 et pour­suite des logi­ques pro­duc­ti­vis­tes… autant dire mis­sion impos­si­ble. Et pour que la magie soit totale, on n’oubliera pas de mobi­li­ser l’indus­trie du cinéma, qui recy­cle le catas­tro­phisme pour en faire les toi­les de fond de ses block bus­ters : Le jour d’après, les fils de l’Homme etc. Le catas­tro­phisme c’est beau sur des écrans de cinéma et tant que ça n’emmerde per­sonne… et/ou aussi pour quel­ques vedet­tes has been du show poli­ti­que à la Al Gore.

De l’utilité économique du réchauffement climatique

Toujours est-il qu’il n’y a eu qu’à éplucher le Grenelle pour se ren­dre compte de l’ampleur du men­songe. Parce qu’à côté du sou­tien aux poli­ti­ques de la ville en matière de trans­ports (pour les­quel­les 2 mil­liards ont été ver­sés sur les 15 pro­mis…), le Grenelle, c’est aussi tout un tas de mesu­res contra­dic­toi­res : déve­lop­pe­ment de l’avia­tion low cost et sou­tien aux trans­por­teurs rou­tiers (rien ne peut aller à l’encontre des “lois immua­bles du mar­ché”, n’est ce pas ? ), pro­mo­tion de l’habi­tat “écologique” et des nou­veaux cré­dits cen­sés nous per­met­tre d’ins­tal­ler nos pan­neaux solai­res… pen­dant que le nucléaire fait loi. Sans oublier le sacro-saint bonus écologique pour l’achat des gros­ses voi­tu­res ! Depuis Kyoto, et les pre­miers “per­mis de pol­luer”, rien de nou­veau : l’argu­ment écologique devient le pré­texte à étendre les logi­ques du mar­ché et à intro­duire quel­ques nou­vel­les varia­bles à l’inté­rieur des valeurs bour­siè­res. Quelle mul­ti­na­tio­nale cotée en bourse n’a pas aujourd’hui sa charte de qua­lité envi­ron­ne­men­tale ? En tout cas c’est sûr, les choix économiques faits lors du Grenelle ne sont pas neu­tres et le lob­bying des gros­ses machi­nes indus­triel­les paie tou­jours aussi cer­tai­ne­ment. Et puis le capi­ta­lisme a sa manière pro­pre de faire coha­bi­ter dégra­da­tion de l’envi­ron­ne­ment et crois­sance économique. Polluez très che­rEs, nous déve­lop­pe­rons grâce à vous de nou­veaux sec­teurs ren­ta­bles ! Que pen­ser par exem­ple de ces pri­va­ti­sa­tions de ter­res opé­rées au cœur du Costa Rica, du Mexique ou du Chili, dans le but de faire débou­ler les riches tou­ris­tes occi­den­taux ? Un petit golf au milieu de la jun­gle, très cherE ? L’idée est là : puis­que tout ce qui est rare est cher, accé­der à un petit coin de ver­dure ne devrait être réservé qu’aux plus riches d’entre nous. Business is busi­ness. But busi­ness is poli­tic too ! Et pour faire valoir les ren­tes à venir, les dis­po­si­tifs juri­di­ques des États sont aussi là pour pro­cé­der au décou­page du gâteau. Prenons seu­le­ment un exem­ple : celui de cette lutte invrai­sem­bla­ble que se livrent le Canada et les États-Unis à pro­pos des eaux ter­ri­to­ria­les de la mer de Beaufort, dans la région de l’Océan gla­cial arc­ti­que. Le réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que va y ouvrir d’ici une ving­taine d’années une nou­velle voie mari­time que les plus gros car­gos pour­ront emprun­ter, per­met­tant de pas­ser d’un océan à un autre tout en res­tant dans l’hémi­sphère nord ! Et ce n’est pas tout, la région arc­ti­que appa­raît, en-des­sous de la ban­quise comme une région riche en pétrole, gaz et dia­mants…

Pas d’écologie sans sortie du capitalisme

A côté de ça, on conti­nue de dis­si­mu­ler le fond du pro­blème, de façon à épargner les logi­ques pro­duc­ti­vis­tes. Parlons par exem­ple du vaste mou­ve­ment de remem­bre­ment des ter­res à l’œuvre dans les années 50 en France. Une fois encore, le jeu du mar­ché a joué en faveur d’une concen­tra­tion accrue de la pro­duc­tion. Et encore une fois, ce choix fut poli­ti­que : à cette époque, on envoyait même des agents du minis­tère dans les fer­mes recu­lées d’Auvergne pour dis­pen­ser des leçons de pro­duc­ti­vité. Et ce fai­sant, on enté­ri­nait défi­ni­ti­ve­ment les méca­nis­mes de dépas­se­ment des ryth­mes bio­lo­gi­ques, de pol­lu­tion des riviè­res, etc. Aujourd’hui, tout cela est effacé : le/la pay­sanNE fran­çaisE est priéE de reve­nir à une pro­duc­tion de “qua­lité”, et de sou­te­nir la concur­rence, coûte que coûte et quelLE qu’ille soit.

Au ris­que de paraî­tre rédhi­bi­toi­res, nous aurions du mal à ne pas voir les logi­ques de classe à l’œuvre ici aussi : qui bouffe de la merde parce que la bouffe bio coûte la peau du cul ? Qui ris­que de se voir inter­dire bien­tôt l’accès aux cen­tres-vil­les, parce qu’emprun­ter la voie publi­que devien­dra, sous peu, le pré­texte à des taxa­tions juteu­ses ? Où se trou­vent aujourd’hui les plus gran­des déchar­ges mon­dia­les où s’entas­sent les cada­vres de la société de consom­ma­tion ? Pardi, je vous le donne en mille ! Le mar­ché et ses garan­tEs conti­nuent de faire repo­ser le pro­blème sur les épaules indi­vi­duel­les du/de la consom­ma­teur/rice, cen­séE payer pour son empreinte écologique. Mais de qui se moque-t-on ? De nous, pardi !

En tou­tes cir­cons­tan­ces, l’argent reste le nerf de la guerre… jusqu’au jour, peut être, où on se rap­pel­lera que l’argent ne se mange pas. Parce qu’en atten­dant, le pro­duc­ti­visme conti­nue de faire des rava­ges. Qui aura eu l’occa­sion de voir des docu­men­tai­res comme We feed the world ou autres, aura pu tou­cher du doigt là où ça fait mal… et là où nos gou­ver­nan­tEs ne pour­ront jamais se per­met­tre d’inter­ve­nir. C’est parce qu’il y a du pro­fit à la clef que Monsanto a déve­loppé les pre­miers engrais péris­sa­bles et aliène des mil­liers de pay­san­NEs à ses mer­des géné­ti­que­ment modi­fiées. C’est parce qu’il y a des points de crois­sance à la clé que les indus­tries se doi­vent de pro­duire à toute ber­zin­gue et que nous som­mes cen­séEs consom­mer tou­tes les mer­des que nous vend la publi­cité (y paraît que c’est même un indi­ca­teur de notre moral !). Et c’est parce qu’il y a un pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion de la pro­duc­tion, com­mencé sous la contrainte avec la colo­ni­sa­tion, que des agri­cultu­res vivriè­res ont été sapées en Afrique et en Amérique du Sud et que des pay­san­NEs vivent aujourd’hui dans une misère absurde un peu par­tout dans le monde.

Un peu de macro-économie suf­fit à met­tre au jour les contra­dic­tions socia­les du capi­ta­lisme. Mais ne tom­bons à notre tour dans le mythe de l’équilibre “natu­rel” du mar­ché, ces contra­dic­tions ne veu­lent pas dire que le sys­tème va défaillir de son seul chef. Le capi­ta­lisme va seu­le­ment conti­nuer à dis­pen­ser ses effets anti-sociaux et à fou­tre en l’air la pla­nète aussi long­temps qu’il per­du­rera. Pour l’ins­tant, noyer le pois­son suf­fit. Mais tant qu’illes auront leurs gar­des-fous, les pri­vi­lè­ges insen­sés de quel­ques-unEs conti­nue­ront d’être défen­dus par nos déci­deurs poli­ti­ques, même si cela doit pas­ser par la mise en place de régi­mes auto­ri­tai­res. Face à cela nous avons des pro­po­si­tions et un cons­tat. Sans consom­ma­teur.rices.s, plus de mar­ché : c’est dans l’alter­na­tive pra­ti­que que se trouve la parade au pro­duc­ti­visme et à ses dégâts. L’idéal étant de pou­voir enfin pro­duire nous-mêmes, en cal­quant une bonne fois pour tou­tes la pro­duc­tion sur nos besoins, c’est à dire en fai­sant de l’économie l’outil qu’il devrait être et non pas la menace qu’il cons­ti­tue aujourd’hui, et ce à tous les égards. Et pour­quoi, par exem­ple, ne com­men­ce­rions-nous pas par par­ta­ger les riches­ses, au lieu de balan­cer nos ton­nes d’inven­dus ? Partager les den­rées pro­dui­tes, c’est déjà per­met­tre de pro­duire moins ! Mais j’y suis ! Une vul­gaire his­toire de man­que à gagner pour ceux qui nous enchaî­nent…


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