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Les Raisons et les Oeuvres d’une vie de P.A.F.

mercredi 17 décembre 2008


Le Collectif de Soutien aux Personnes Sans Papiers de Rennes a dif­fusé au mois d’avril der­nier le tract sui­vant, accom­pa­gné de deux autres, non moins drô­les et jus­tes. Pi­qué au vif, le Ministère de l’Intérieur n’a rien trouvé de mieux que de choi­sir quel­ques mili­tan­tEs au hasard pour les inculper de “dif­fa­ma­tion et inju­res publi­ques envers un corps cons­ti­tué de l’Etat”. Le pro­cès a eu lieu le 12 décem­bre. Verdict au 12 jan­vier. 

En atten­dant, nous avons choisi de vous faire pro­fi­ter de ce texte...

J’ai tou­jours voulu être utile à l’insé­cu­rité de mon pays. Depuis que je tra­vaille à la P.A.F. (la Police Aux Frontières), depuis que moi et mes col­lè­gues on tra­que les étrangers sans-papiers, qu’on les met dans des Centres de Rétention Administrative, par­fois avec les nom­breux enfants qu’ils font, et qu’on par­ti­cipe géné­reu­se­ment à leur expul­sion, c’est beau­coup moins périlleux de vivre en France, le pou­voir d’achat va mieux, et la cou­che d’ozone est moins trouée.

J’ai tou­jours aimé l’action col­lec­tive sans ris­que. Je suis pour se lever tôt, et sou­vent, dès six heu­res le matin, à 10 ou 12 de la P.A.F. on est d’atta­que pour cueillir un sans-papiers à son domi­cile. C’est une inter­ven­tion très aisée parce que la sur­prise, l’incom­pré­hen­sion et la trouille le para­ly­sent. Et comme l’ambiance est bonne entre nous, on se marre ensuite de la tête que cer­tains font. De toute façon, main­te­nant on a le droit comme des cri­mi­nels de les dépla­cer avec des menot­tes : on est alors sûrs que le sans-papiers ne nous fera pas de mal.

J’ai le sens des rela­tions humai­nes fran­çai­ses. En géné­ral il est rare qu’on en rate un, parce qu’on est bien ren­sei­gné : par un voi­sin du sans-papiers, ou par la pré­fec­ture, ça dépend. Nous on aime­rait bien que les gens nous les dénon­cent plus, parce qu’on serait plus effi­ca­ces, et c’est bon de sen­tir le sou­tien de la vraie popu­la­tion. C’est la fierté d’être fran­çais qui devrait pous­ser à dénon­cer les sans-papiers, sinon je ne vois pas à quoi ça sert d’être fran­çais.

J’ai une bonne vision en gros. Quand on n’a pas de tuyau, on se débrouille autre­ment, et tou­jours très effi­ca­ces. Par exem­ple : on se met devant la Croix Rouge, devant un foyer pour étrangers, ou encore devant une asso­cia­tion qui aide les sans-papiers et là on les attrape comme des mou­ches. Sinon, on se met à la gare ou dans le métro, et on s’occupe par­ti­cu­liè­re­ment des noirs et des ara­bes : comme le corps c’est scien­ti­fi­que, on les contrôle au faciès et parmi eux, comme cer­tains se res­sem­blent tous, c’est sou­vent qu’il y a un sans-papiers.

J’obéis à l’esprit d’ini­tia­tive de mes res­pon­sa­bles. Parmi ceux qu’on contrôle, on trouve que cer­tains font plus vieux que leurs papiers. Alors dans l’espoir de les enfer­mer et de les expul­ser comme les autres, pour faire un bon résul­tat et gagner mieux ma vie, on se dépê­che de l’emme­ner chez un méde­cin qui est d’accord pour lui offrir de vivre un exa­men géni­tal, pileux et osseux ; le résul­tat n’est pas vrai­ment fia­ble mais si un juge est d’accord pour dire que l’étranger est très majeur, on peut l’accueillir au Centre de Rétention Administrative, avant son voyage d’expul­sion par déci­sion de Monsieur le Préfet. Normalement quand on envi­sage des jeu­nes on doit deman­der l’auto­ri­sa­tion de faire pas­ser les tests au tuteur légal, qu’est le Conseil Général ; mais si on rend vite l’étranger majeur, avec l’aide du méde­cin et l’accord d’un juge, le tuteur, repré­sen­tant l’État fran­çais, est impuis­sant à empê­cher que notre Préfet, repré­sen­tant l’État fran­çais, arrête l’expul­sion. Pour réex­pé­dier les étrangers sans-papiers, rien ne serait de mieux qu’une jus­tice de plus en plus expé­di­tive et approxi­ma­tive.

J’ai tou­jours pris la défense des forts. Notre pro­cu­reur nous encou­rage et notre Préfet nous cou­vre.

Un poli­cier au faciès

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