Accueil du site > La Sociale > 27 (octobre 2008) > Remballe ton pape...

Remballe ton pape...

mercredi 22 octobre 2008


Du 12 au 15 sep­tem­bre, Joseph Alois Ratzinger, dit Benoît XVI, chef de la plus impor­tante secte mon­diale, était de pas­sage en France pour célé­brer le 150ème anni­ver­saire de la soi-disant appa­ri­tion de la Vierge à Lourdes. L’occa­sion pour lui de se payer une mer­veilleuse tri­bune média­ti­que pour étaler ses vues réac­tion­nai­res. Par exem­ple, ven­dredi 12, les JT de 13 heu­res de TF1 et France 2 dif­fu­saient en direct les cour­bet­tes élyséennes de bien­ve­nue au « très saint père ».

L’autorité divine : la soumission légitimée.

Sarkozy aujourd’hui, Jospin en 1996 (à l’occa­sion de la célé­bra­tion du bap­tême de Clovis…) : non seu­le­ment les repré­sen­tant-e-s de l’Etat reconnais­sent les auto­ri­tés reli­gieu­ses, mais illes font également de leur venue offi­cielle un moyen de rap­pe­ler les liens idéo­lo­gi­ques forts qui les unis­sent. Hiérarchie, obéis­sance, sou­mis­sion, voilà en trois mots com­ment nous pour­rions les défi­nir. La reli­gion s’occu­pant d’impri­mer dans l’incons­cient col­lec­tif et dans la morale publi­que le res­pect de l’ordre social en place, l’Etat, ses flics et son armée, en étant le garant maté­riel… Les domi­nan­tEs de tous poils n’ont qu’à se féli­ci­ter de cette com­bi­nai­son gagnante.

On pour­rait croire les pré­cep­tes reli­gieux pas­sés de mode. On pour­rait les croire évincés de la scène publi­que, dilués avec suc­cès dans le prin­cipe de laï­cité. Aujourd’hui encore, il suf­fit de regar­der l’empreinte des croyan­ces judéo-chré­tien­nes dans la prise en compte des ques­tions socia­les tel­les que l’avor­te­ment, la contra­cep­tion ou encore l’eutha­na­sie.

Pour beau­coup, les croyan­ces reli­gieu­ses sont inof­fen­si­ves et accep­ta­bles, c’est à ce point une valeur sûre que c’est à ce garde-fou que l’on s’adressa notam­ment en novem­bre 2005, dans le but de faire reve­nir l’ordre dans les ghet­tos de la répu­bli­que. Dans les faits, la papauté, comme tou­tes les autres auto­ri­tés reli­gieu­ses, conti­nue de dif­fu­ser ses lec­tu­res rétro­gra­des de la vie en société. Haine des homo­sexuels et des les­bien­nes, mépris des fem­mes et du fémi­nisme et du droit à dis­po­ser de son corps : la reli­gion est por­teuse de dis­cri­mi­na­tion, de culpa­bi­lité et de souf­france. La pas­si­vité et le fata­lisme font aussi par­tie de ces valeurs doc­tri­na­les : quoi de plus équivoque que le fameux adage « mon royaume n’est pas de ce monde », ensei­gnant la sou­mis­sion du pau­vre et de l’exploité-e, au nom d’une volonté ima­gi­naire, cruelle et pré­ten­du­ment toute-puis­sante et immua­ble. Ce n’est pas pour rien si tou­tes les révol­tes et révo­lu­tions por­teu­ses d’émancipation sociale (1789, 1793, 1848, 1871, 1936 et 1968, pour ne citer que les hexa­go­na­les), se sont tou­jours réa­li­sées contre dieu.

Les reli­gions nient les anta­go­nis­mes de classe en fei­gnant d’inté­grer dans une même com­mu­nauté ses fidè­les. Elle cau­tionne les iné­ga­li­tés en valo­ri­sant la cha­rité comme uni­que moyen d’action sociale, jus­ti­fiant l’exis­tence de pau­vres et de riches. Dès lors qu’elles pré­ten­dent que nous ne som­mes pas maî­tre de notre des­tin, (Ratzinger a entamé son dis­cours élyséen en disant : « depuis que la pro­vi­dence, m’a porté sur le saint siège »), elle anni­hile défi­ni­ti­ve­ment tou­tes les pos­si­bi­li­tés de révolte.

Obscurantisme et haine de l’autre.

Sarkozy a parlé de « la dignité humaine » défen­due par la chré­tienté et de son pré­tendu rôle posi­tif dans « les pro­grès de l’huma­nité ». Quelle farce ! Et quel révi­sion­nisme ! Oubliés les océans de sang ver­sés au nom de ses figu­res magi­ques, oubliées les dizai­nes de fem­mes traî­nées dans la boue, et jus­que sur le bûcher, parce que la pré­gnance du chris­tia­nisme n’a eu de cesse de répé­ter que depuis Eve, la femme est un être fai­ble, fau­tif et intrin­sè­que­ment infé­rieur à l’homme, dont il faut se méfier. On mesu­rera aussi à quel degré d’extré­mité on peut arri­ver lorsqu’on s’impose en défen­seur d’une vérité, aussi infon­dée soit-elle.

En matière de pro­grès de l’huma­nité, on s’amu­sera à rap­pe­ler également les inep­ties que la reli­gion conti­nue de défen­dre, au titre du main­tien de son influence doc­tri­nale. Au Moyen Age et sous l’Ancien Régime, la terre était cen­tre de l’uni­vers. Aujourd’hui, avec le créa­tion­nisme, véri­ta­ble insulte à l’intel­li­gence humaine, l’espèce humaine n’a que 3000 ans d’exis­tence ! Mais le sens com­mun conti­nue de trou­ver quel­ques ver­tus à ces édifices mons­trueux. Par exem­ple, la reli­gion est encore pour beau­coup une ins­ti­tu­tion de la tolé­rance. Si l’on parle de tolé­rance à la sou­mis­sion, peut-être. Mais si l’on nous parle de tolé­rance envers l’autre, alors peut-être faut-il rap­pe­ler que cette notion est incom­pa­ti­ble avec ce que la reli­gion défi­nit comme un cadre nor­ma­tif de l’exis­tence « res­pec­ta­ble ». L’homo­sexuel-le, le-la trans­sexuel-le est-ille toléré-e au même titre que l’hété­ro­sexuel-le ? Les reli­gions cons­ti­tuent des idéo­lo­gies tota­li­tai­res en ce sens qu’elles enten­dent régu­ler l’ensem­ble des com­par­ti­ments de la vie publi­que et intime, sans excep­tion, en niant la marge d’auto­no­mie de l’indi­vi­duE. Elles ont donc but de s’impo­ser et pour ce faire elle juge, elle mora­lise, elle sanc­tionne. Et en guise d’espé­rance, puis­que géné­ra­le­ment on lui trouve encore cette fonc­tion, elle n’offre que fata­lisme, repli com­mu­nau­taire et obs­cu­ran­tisme.

Aujourd’hui, on a ten­dance à croire que seuls les inté­gris­mes doi­vent être com­bat­tus, parce qu’ils dépas­sent le cadre « accep­ta­ble » alloué à la reli­gion : le tra­vail sur les cons­cien­ces, dans le res­pect de l’ordre répu­bli­cain. Mais les inté­gris­mes ne sont fon­dés sur rien d’autres que la défense de ces pseu­dos véri­tés trans­cen­dan­tes, ne se dis­tin­guant des pra­ti­ques « accep­ta­bles » que par les moyens dont ils se dotent. A noter que selon Benoît XVI, il y a deux dan­gers équivalents contre les­quels le chré­tien doit lut­ter : l’inté­grisme… et l’athéisme.

A bas la calotte, vive la capote !

Aujourd’hui, les relents d’un catho­li­cisme exa­cerbé revien­nent sur le devant de la scène notam­ment avec la ques­tion euro­péenne. Sarkozy et d’autres entre­tien­nent en effet volon­tiers la mys­ti­que de l’« Europe chré­tienne », notam­ment autour de la ques­tion tur­que. A ce sujet, samedi 20 sep­tem­bre, les dif­fé­rents cou­rants de l’extrême droite euro­péenne, ainsi que diver­ses ten­dan­ces néo-nazies, orga­ni­saient à Cologne une mani­fes­ta­tion trans­na­tio­nale contre « l’isla­mi­sa­tion de l’Europe », jusqu’à ce que celle-ci soit inter­dite par la police grâce à la pré­sence de cen­tai­nes de mili­tan­tEs anti­fas­cis­tes.

C’est aussi avec en arrière pen­sée la thé­ma­ti­que du « choc des civi­li­sa­tions » que l’actuel gou­ver­ne­ment façonne de plus en plus les ques­tions de l’immi­gra­tion et en par­ti­cu­lier cel­les liées à l’inté­gra­tion. Enfin, avec d’aussi pieux éléments au gou­ver­ne­ment que Christine Boutin et Martin Hirsch, dif­fi­cile de ne pas croire que les âmes cha­ri­ta­bles ne sont pas choyées par le pou­voir poli­ti­que.

Les anar­chis­tes, dans leur lutte contre la sou­mis­sion acca­ble­ront tou­jours les curés, les imams, rab­bins et autres gou­rous. L’objec­tif est de faire explo­ser cette chape de plomb qui pèse sur nos esprits, le plus sou­vent à notre insu même, celle d’une morale publi­que pétrie de valeurs reli­gieu­ses. Nous n’aurons de cesse de dénon­cer les impos­tu­res mys­ti­ques qui s’oppo­se­ront tou­jours à notre désir d’émancipation sociale, économique, cultu­relle et poli­ti­que. Nous som­mes non seu­le­ment athées et maté­ria­lis­tes, mais nous pour­rions également rajou­ter que nous som­mes déi­ci­des, affir­mant comme Bakounine que « ce n’est pas parce que Dieu n’existe pas qu’il ne faut pas l’éliminer ».


Site réalisé avec SPIP | Suivre la vie du site RSS 2.0 | squelette | | Plan du site | 2002-2012 | logo Lautre | Background Labs