A l’heure où les contrôles frontaliers s’intensifient partout dans le monde, la résistance et la solidarité commencent elles aussi à s’organiser à toutes les échelles. Nous ne reviendrons donc pas sur les résistances en France, même si celles-ci ont profondément changé avec l’émergence, à la fin des années 1990, d’un mouvement autonome de sans papierEs, lequel évolue lui-même avec les actions menées récemment dans les centre de rétention et sur les lieux de travail.
Chaque pays européen a connu des évolution similaires : autonomisation de la lutte des sans-papierEs, modification des stratégies des groupes de soutien qui tendent plutôt vers le soutien aux actions des sans-papierEs et invention de nouvelles luttes : blocage des expulsion d’abord puis action contre les centres de rétention et leurs bâtisseurs, intervention et mobilisation sur des lieux spécifiques (école, lieu de travail, quartier, etc.). Encore fallait-il dépasser le cadre national pour mener efficacement le combat. Là encore, les premières initiatives d’ampleur, comme les camps No Border apparaissent entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Compte tenu d’une législation européenne de plus en plus dure dont la sinistre "directive de la honte", le mouvement s’intensifie et c’est dans ce cadre qu’il faut placer la campagne "Des ponts, pas des murs" menée par de nombreuses associations d’ici et d’ailleurs à l’occasion du Conseil Européen réuni à Paris les 15 et 16 octobre 2008 pour adopter un "pacte européen sur l’immigration et l’asile" avant que les ministres européens en charge de l’immigration se retrouvent à – lieu de mémoire s’il en est – Vichy les 2 et 3 novembre.
Au delà du cadre européen, cette dernière initiative s’accompagne d’actions dans les pays d’émigration et affirme une solidarité sans frontière à l’occasion de la deuxième conférence interministérielle euro-africaine en matière de "migration et développement" qui se tient bientôt à Paris. C’est aussi dans un cadre transfrontalier que se place le rapprochement entre syndicats alternatifs européens (CNT, CGT espagnole, SUD-Solidaires, etc.) et africains (SNAPAP algérien, collectifs marocains et tunisiens). La question des migrations et de la solidarité avec les sans-papierEs y tient une place importante. Le SNAPAP tente ainsi de mettre en place un accueil des expulséEs sur la base des renseignements envoyés par les structures européennes (heures des charters, personnes à soutenir...). Hélas, les évolutions récentes des législations en matière d’émigration (voir article précédent) risque de compliquer les choses, d’autant que la situation des militantEs d’un syndicalisme non inféodé aux pouvoir est déjà des plus difficiles.
Non seulement les espaces de solidarité internationale entre Nord et Sud se multiplient, mais les résistances contre les politiques racistes des États riches sont plus nombreuses au Sud. On se souvient des flics de la PAF accueillis en Guinée par des crachats de la foule quand ils sont arrivés avec des sans-papiers lillois expulsés alors qu’ils étaient en grève de la faim. Au Mali, s’est constituée dès 1996 une Association des Maliens expulsés (AME). C’est l’AME qui a été à l’origine des mobilisations, largement réprimées, contre un "accord de gestion concertée des flux migratoires entre le Mali et la France" en juillet 2008. La "directive de la honte" ne passe pas non plus et les initiatives en Afrique et en Amérique latine se multiplient (voir encadré). Enfin, on peut citer les actions de solidarité en Afrique du sud des syndicats de la COSATU et de l’organisation anarchiste ZACF envers les immigrantEs africains et particulièrement ZimbabweenNEs réfugiés dans l’ancien pays de l’apartheid où ils/elles subissent de trop nombreuses violences racistes tolérées sinon encouragées par les plus hautes sphères de l’État.
Dans ce contexte, les anarchistes ont un rôle à jouer. A Lille ou ailleurs, nous avons toujours soutenu les collectifs de sans-papierEs, participé à des actions contre les centres de rétention. En France, nous avons mené une campagne commune pour la liberté de circulation (AL, FA, GDALE, No Passaran, OLS, OCL). A nous de mutualiser nos contacts internationaux pour renforcer non seulement les tendances révolutionnaires non autoritaires mais aussi la solidarité de classe avec les migrantEs.
CONTRE LA CHASSE AUX MIGRANT-ES
LIBERTÉ DE CIRCULATION ET D’INSTALLATION
ABOLITION DES FRONTIÈRES.
POUR ALLER PLUS LOIN
coll : Politiques migratoires (grandes et petites manoeuS
vres), 2005, carobella exSnatura. Et plus particulièrement
sur la question, Cl. Rodier : « L’Europe et l’externalisation.
La Libye en première ligne » et N. De Genova « La proS
duction légale de « l’illégalité » des migrants mexicains ».
GISTI : Externalisation de l’asile et de l’immigration,
http://www.gisti.org/2006
http://www.migreurop.org
(d’où vient la carte et qui peut être complétée par la lecture
de l’article de l’article de Caroline Intrand et Pierre-Arnaud
Perrouty : « La diversité des camps d’étrangers en Europe :
présentation de la carte des camps de Migreurop »
L. Gabrielli : « Flux et contre-flux entre l’Espagne et le
Sénégal. L’externalisation du contrôle des dynamiques miS
gratoires vers l’Afrique de l’Ouest. »
(http://terra.rezo.net/article716.html)
http://www.conflits.org
